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Juin tombé en flammes

le dimanche 11 octobre 2009, à 00:51. Posté par AC


    ''Soyez à vous-mêmes votre propre lanterne, votre propre flambeau.''
    Le Bouddha



    Rentré seul d'un bal de campagne à Rudry. Si sombre est le chemin que je dois pousser mon vélo. Les hautes haies britanniques ne laissent filtrer aucune lumière, pas même celle de la lune. L'air embaume le chèvrefeuille. Bientôt je suis perdu, trop loin pour revenir sur mes pas, pas de cailloux blancs. Pour qui cette chouette hulule-t-elle? Pour le vivant que je suis. Je me sens me fondre à la terre. Je vais devoir traverser la forêt. Ne plus avoir peur de rien, fermer les yeux. Le vent dans les branches, pousser la barrrière, descendre dans le vallon et espérer qu'à force de marcher j'atteindrai ce qu'on nomme civilisation.

    Près d'une ferme je rencontre un groupe de jeunes. Baskets et bandanas. Il ne semblent pas surpris de mon arrivée soudaine et de mon air un peu farouche et apeuré. 'Approche-toi me disent-ils, viens contempler si tu as oublié ce qu'est le feu.' Ils me font une place sur un rocher près du brasier. Certains ont des pommes de terre qu'ils projettent de cuire dans la braise et des morceaux de gruyère au bout de bâtons. D'autres apportent de vieux cageots et des bottes de foin à brûler. Je me demande si celui qui a les cheveux si longs est un garçon ou une fille car on ne peut voir son regard. Il me paraît peu judicieux d'aller lui demander.

    Et la flamme fut si belle quand je l'ai vue grandir et danser du ventre, pleurer soudain bleue et lointaine, lécheuse et infidèle et puis se raffermir et faire s'effondrer le corps de paille qui l'avait nourrie. C'était juin m'écriai-je, le dieu des idées hautes qui s'apprêtait à chanter, comme un nouveau-né lance un cri dans le désert, comme un rossignol solitaire atteint le faîte des arbres et le dépasse par sa trille. C'était peut-être ma voix désunie, que je ne connaissais pas, juste avant la chute, avant la cendre, avant que tout descende et tombe sans parachute dans la campagne endormie.

    Tout le monde a fait sa communion silencieuse devant les braises rêveuses puis, un à un, les fêtards ce sont retirés, je suis resté seul avec mon assiette et mon verre en carton sur la place vide, à remplir mes yeux de lumière.















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