Où allons-nous?

 

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Figuier lunaire

le lundi 17 juillet 2006, à 12:43. Posté par AC





    J'ouvre le volet de bois que tes rameaux poussent et grattent dans le silence oppressant de la nuit estivale. Bambin, je me confiais à ton aimante rugosité, je savais mesurer la circonférence de ton tronc avec le cerceau de mes bras, vieil ami que les années n'ont point dégarni de fruits savoureux à portée de regard. Je vais aller déambuler dans la campagne obscure qui embaume des eaux usées des lessives et du suc de tes feuilles.

    M'écartant des abords de la maison, je commence à humer les odeurs plus fortes de la haute campagne revenues en marée: l'anis sauvage, le marrube et l'inule visqueuse qui instillent dans l'air une essence volatile entêtante prête à s'enflammer. C'est dehors, loin des murs chaulés, loin du lit de fer, loin de ma coquille secrète et secrétée au fil des années que me revient tout à la fois le sens du lieu et de la liberté. Ici seules les punaises portent des pyjamas à rayures et moi sans doute qui n'ai rien trouvé de mieux pour vaguer solitaire que mes fins vêtements de nuit. On pourrait me juger évadé de quelque asile ou de quelque prison à me surprendre ainsi vêtu de ces tristes oripeaux, sans doute n'aurait-on point tort. Le monde des villes m'avait conduit au sort des êtres acculés qui n'ont plus que gîte et le couvert afin de poursuivre leur existence sous le fardeau toujours croissant des années. Rien n'avait plus ni saveur ni parfum de vérité.

    Il est temps de revenir à toi, de cueillir sans attendre un à un tes sycones, figuier dont les branches fragiles et cassantes ont néanmoins accompagné ma propre longévité. Sous le couvert de tes branches qui se perdent dans le bleu sombre de la mer céleste, elle m'avait surnommé Yildrim, elle disait que je ressemblais aux personnes de son peuple, que c'était le nom d'une étoile, que dans son pays les prénoms des hommes et des femmes étaient ceux des fleurs de grenadier, de la nuée de la lune, de tout ce que l'on pouvait voir ou toucher qui exprimât la beauté. C'était là, sous ce feuillage bruissant, que nous avons dormi en vagabonds à même la paille séchée. Le matin lorsque j'ai ouvert les yeux, elle était déjà partie, j'ai compris qu'elle ne reviendrait plus. Les comètes ne furent plus pour moi que des astres morts dont nous ne voyons que l'agonie terrestre, bien que nos yeux restent accrochés à leur sublime précédence.

    Arbre de la mansuétude, je loue ta présence, tu fus seul témoin de notre union éphémère et de notre incomplétude. Tout peut se taire, tout peut bien mourir au monde s'il se doit, du moment que ton lait se répande, que j'entende sourdre sa pulsation dans tes vaisseaux et que naisse à tes pieds, fraîche et désirée, la source des premiers mots.


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commentaires ( 5 ) (Ajouter un commentaire)
Daniel le lundi 17 juillet 2006, à 17:36
Où allons-nous? Je ne sais pas, mais un vrai plaisir à te lire.

paulette le lundi 17 juillet 2006, à 18:00
Bonjour Ac enfin de retour qui me fait plaisirs et un plaisir de t'avoir lu. Amitiés, bises paulette

paulette le vendredi 04 août 2006, à 19:53
Ac quand reviens tu ? amitiés; bisous; paulette

paulette le lundi 07 août 2006, à 15:22
A enfin te revoilà, comme tu fais de lon poème je le relirai ton nouveau poème . Là je dois être encore plus attentif pour te lire ainsi pour tous le monde. Bisous ; paulette; et continue

Dago Laborel (rivages et tombants) le mercredi 15 août 2007, à 15:58
amoureux moi-meme du figuier et de l'inule visqueuse dont l'odeur m'a toujours poursuivi depuis ma plus tendre enfance, j'espère de tout coeur que tu es encore sur le web et que nous lirons encore souvent tes beaux poèmes que je découvre par hasard aujour d'hui

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