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Dégelées

le jeudi 01 juin 2006, à 21:17. Posté par AC


    L'errant nocturne des supermarchés sur le point de fermer marche distraitement en poussant devant lui son chariot encore vide dans les allées désertées. Tiens, remarque-t-il, ces fruits bradés un peu trop mûrs attendent la venue du bon samaritain.

    Ses pas le conduisent maintenant au rayon de la viande surgelée tandis que l'on joue en fond sonore le Lac des Cygnes de Чайкoвский. Un peu d'hésitation devant le compartiment vitré du congélateur. Un poulet givré dur comme du bois finit un instant dans le fond du caddie avant d'être remis en place.

    Combien de temps faudrait-il pour cuire convenablement cette malheureuse bestiole? Mieux vaudrait en acheter une fraîche. Voilà qui fera l'affaire au rayon "Carnage sur les Prix": volaille volumineuse et nourrie au grain naturel (pas d'OGM).

    Rentrera-t-elle dans le four? Mais bien sûr! Et tu te dis ami des oiseaux? Ben dis donc des amis comme ça on n'en voudrait pas pour tout l'or du monde! Tu as déjà eu des relations qui se pourlèchent les babines à l'avance à l'idée de faire rôtir ton cadavre jusqu'à ce que le jus en sorte avant de te dévorer et de sucer tes os? Toute l'hypocrisie humaine est ici étalée au grand jour.

    Bon, assez de leçons de morale sinon je vais oublier les condiments, d'autant plus que le crime n'est pas encore consommé. Préméditons-le encore mieux de manière à ce qu'il ne soit pas commis en vain. Sans nul doute la viande dorée et craquante fait-elle partie des circonstances atténuantes que tout jury équilibré peut admettre à moins d'avoir la malchance de tomber sur des végétariens. Mais là encore quelques pommes de terres agréablement bronzées et baignant dans du jus et ne me dis pas qu'il ne pourraient pas rendre un verdict de non lieu. Allez, amnistie et relaxe pure et simple! Ce soir je jouerai le Carnaval des Animaux de Saint-Saëns, très fort et toutes fenêtres ouvertes, afin d'achever de me faire pardonner.

    A présent un tour au club de boxe sur le chemin du retour puisque je suis malgré tout d'inspiration frondeuse ce soir. Je préfère si possible ma viande pas trop saignante une fois de plus. Un peu d'entrainement simulé suffira à creuser la faim. Je vous présente Rocco, l'entraineur, pas le genre de type qu'on aimerait croiser la nuit dans une ruelle mal éclairée. Faisait partie de la légion britannique et organise encore des 'fight nights' où les candidats terminent face contre terre le visage comme de la jelly. Très peu pour moi mon pote, contente-toi de m'enseigner les rudiments du noble art à la façon thaïlandaise.

    L'avantage du muay thai est de ne pas avoir à mémoriser je ne sais combien de katas et surtout de ne pas avoir à pousser des cris sauvages ridicules en décochant des coups imaginaires vêtu d'une sorte de pyjama épais inlavable en machine dans lequel on se prend régulièrement les pieds. Je préfère le short large avec les dessins cousus dessus incompréhensibles et les jambières de protection. Après une heure de fébriles répétitions je suis trempé de sueur. Temps de retirer les gants et d'aller prendre une bonne douche. Mais voilà que l'entraineur s'approche de moi, cela ne me dit rien qui vaille, que me veut-il donc?

    "Attends ce n'est pas encore fini ce soir, fait-il en me tapant sur l'épaule, nous sommes en nombre impair si tu t'en vas. Il faut que tu restes au moins pour un combat". Exactement ce que je souhaitais éviter, je suis pris au piège. Mon opposant est désigné, l'un des plus méchants du club, plus petit que moi en taille mais hargneux, ses coups de jambes sur le sac frappent comme le tonnerre. J'ai l'impression que ça va être ma fête. Heureusement deux rounds seulement sont prévus pour ce soir. Le seul problème en boxe c'est que trois minutes équivalent à trois heures, on dirait que le temps se dilate. Bon, en garde. Dans ce sport c'est toi qui regrette ou bien c'est l'autre, par conséquent il ne s'agit pas de mollir.

    Quoi, mais ce type est fou, il ose me frapper là où ça fait mal! Tu vas voir ce qu'il va récolter pour avoir voulu m'esquinter dès le départ: et bam! Uppercut sous le nez! Ceci devrait le mettre hors d'usage pour quelques précieuses secondes pendant lesquelles je vais lui mettre un coup de jambe dans les côtes dont il va se souvenir!

    Me voilà enfin prêt à regagner mon chez moi,. Nous ne raconterons pas qui a fini par l'emporter car de toute manière cela n'intéresserait personne. Apprenons tout de même que mes lèvres sont tuméfiées, que mon nez est enflé et que je ne sens plus mes jambes tellement j'ai de bleus.

    Eau chaude qui ruisselle, savon douche au citrus paradisicus, rien de tel pour réconforter le guerrier.

    Dans quelques minutes la viande sera tendre et sautera d'elle-même dans l'assiette.


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commentaires ( 5 ) (Ajouter un commentaire)
Marie le jeudi 01 juin 2006, à 23:27
Alors là chapeau bas j'adore ton muay thai, trop cool et marrant aussi je dois l'admettre mais au faite t'es sure que tu ne veux pas dire qui a gagner désoler j'suis curieuse, quand a la douche au citron paradisiac alos là fallais trouver . Bisou

Marie le jeudi 01 juin 2006, à 23:29
Rectif : alors là, ses ton poulet qui ma troublés

AC le jeudi 01 juin 2006, à 23:37
Salut Marie, euh... ça avait très bien commencé mais... ça s'est gâté vers la fin!

Marie le vendredi 02 juin 2006, à 00:12
Cool, promis je ne t'en demanderais pas plus .

paulette le vendredi 16 juin 2006, à 09:11
jd'accord avec marie chapeau, bisous ; paulette

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