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Mon amitié pour Daniel grandit un peu plus chaque jour. Il ne se passe presque plus un soir sans que nous nous rencontrions pour boire un spritz sur la piazza dell'Erbe. Il habite une maison étroite à un seul étage assez loin derrière la gare, une des maisons ouvrières construite dans les années 20 et qui ont réchappé aux bombardements durant la guerre. Ces bicoques désormais menacées par la pioche des démolisseurs et par les promoteurs aux dents longues sont absolument charmantes précisément en raison de leur côté désuet. Le lilas et le troène touffus qui en signalent les abords me rappellent mon enfance, je coupais des brins de ces fleurs en allant à l'école lorsque je tenais encore la main de ma mère.
Un soir Daniel m'invite à manger et à passer la nuit chez lui, ses colocataires étant partis dans leur famille pendant le weekend.
Le repas consiste en quelques pâtes avec du piment qui arrache la gueule et du gorgonzola oublié depuis longtemps dans le bac du réfrigérateur. Après tout nous sommes en territoire étudiant, tu ne t'attendais quand même pas à dîner chez Fauchon!
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Il est trois heures du matin et Daniel a cette inspiration soudaine qui me fait pousser un soupir de soulagement: 'si on allait se coucher?'. Nous montons à la chambre au premier. Pour mieux visualiser la scène et pour prévenir toute crainte de la part du lecteur pudique, je tiens à signaler que cette chambre comporte seulement deux lits à une place. Il fait très froid car la pièce n'est pas chauffée. Elle est enduite de peinture verte qui a moisi au plafond et qui commmence à cloquer sur les murs. Daniel m'apporte des couvertures épaisses: 'je ne voudrais pas que tu attrapes froid'. Il fait le lit lui-même avec application d'une manière maternelle. Il revient même me border quand je suis couché 'ainsi tes pieds ne dépasseront pas au milieu de la nuit.'
Le voilà qui commence à se déshabiller. Je me tourne contre le mur et puis finalement je me dis que j'aimerais bien assister au strip-tease alors je me retourne. Il est déjà trop tard car il a enfilé un pantalon de pyjama gris. Zut alors! Mais il se tient au milieu de la pièce avec cinq maillots de corps blancs les uns sur les autres. Comme je le regarde surpris il rit et s'approche de moi: 'je suis comme les oignons, je dois porter plusieurs couches pour ne pas avoir froid'. Peu après la lumière est éteinte. Le silence est total comme si nous étions perdus dans la campagne, à des lieues de toute vie humaine. Par la fenêtre je vois la neige tomber lentement, on se croirait dans un film muet. Bientôt je m'endors béatement, bien au chaud sous une pesante couverture péruvienne qui sent un peu le chien mouillé. Au matin la lumière est aveuglante comme celle d'une aurore boréale et des cloches sonnent à toute volée au campanile voisin.
Padova, 2004
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