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Sur la Plage

le mardi 02 mai 2006, à 23:45. Posté par AC





    Nous sommes sur la plage à Ostie dans la banlieue romaine. Daniel, Ana et 'Oso' sont allés se baigner. Je suis resté en arrière car je n'ai pas de maillot de bain ni de serviette de plage. Une envie me vient de piquer des chips à mes compagnons de voyage pour me venger. En plus ce sont des vraies de marque crik crok, c'est bien tentant. Je tends la main, puis je me ravise. Plus tard j'en prendrai quelques unes en faisant du troc (une poignée de chips contre deux brugnons).

    Je commençai à réaliser que sans serviette mon arrière-train allait rapidement griller sur la plage où l'ombre se faisait rare. Il fallait faire quelque chose, mais quoi? Soudain un vieux sénégalais avec un chapeau traditionnel est sorti du néant avec une pile de serviettes de grande taille. Mon esprit mercantile m'a fait négocier jusqu'au dernier centime d'euro et pour une somme compétitive j'arrachai de la pile mon trophée: une serviette de plage géante avec des poissons imprimés. Ah la mine déconfite de Daniel qui a cru que j'allais me les griller et qui a comparé la taille respective de sa serviette désormais rikiki à côté de la mienne, quelle douce vengeance!

    Question maillot, je fus moins chanceux. Un autre vendeur à la sauvette se profila avec des shorts hawaïens. Je commençai à croire que c'était mon jour de chance. Malheureusement le vendeur n'avait pas ma taille. Dommage je me serais bien pavané avec ce tissu imprimé d'hibiscus! En plus le vendeur voulait absolument me refiler ce short de taille S ou XS alors que je fais du L. Je luis dis de ne pas insister mais le gars s'entête car il pense avoir trouvé le parfait pigeon. Je me rebiffe et il s'en va en me gueulant après des mots si communs que je préfère ne pas les répéter.

    Alors il ne reste plus qu'à aller me baigner avec mon short militaire. Celui-ci fait des bulles et se gonfle sous l'eau comme une baudruche et lorsque je reviens sur la plage colle lamentablement à ma peau. Je ne sais pas pourquoi je ne me suis jamais senti à l'aise sur la plage, en fait je dois vous confier un secret: j'ai horreur de prendre le soleil. C'est vraiment pour Daniel que je suis là, on ne m'y reprendra pas. Le soleil est si ardent que de sur la serviette je finis sous la serviette. Le moment le plus agréable arrive vers le soir quand les ombres s'allongent enfin, que la chaleur retombe et que quelqu'un a mis un CD de Manu Chao à plein tube. Oui, je redécouvre cet album que j'ai chez moi et que je crois connaître par coeur, il semble posséder sur cette plage une vie popre. Tout d'un coup je sens que je suis vivant, intensément, cela vous arrive aussi cette impression?

    Je ne sais plus ce qu'il faut dire ou penser de notre séparation. Un train de nuit et je me suis retrouvé dans une situation particulièrement claustrophobique à partager un wagon-couchette avec des chinois de Hong-Kong dans un train roulant vers la France. La porte doit être maintenue fermée de l'intérieur pour ne pas se faire piquer les bagages et je n'arrive pas à dormir dans ce pendolino qui me met tantôt la tête en haut tantôt la tête en bas. Au matin, le visage ravagé par le manque de sommeil je verrai Gênes défiler avec ses vieilles façades classiques et ses volets de bois, puis la côte ligure... Depuis ce départ brutal, notre poignée de main sur la Piazza dell'Erbe, je suis sans nouvelles. Mais la flamme que j'ai en moi ne s'est pas éteinte, je vais la laisser brûler jusqu'au jour où j'aurai un signe de toi.



    Padova, Juin 2004





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