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Ma main hésite entre le sylo et le fruit. Sur terre il se fait toujours tard pour que le corps espère.
Rua dos Douradores, 83. Troisième étage, chambre 27. Même en courant à perdre haleine, vous ne trouverez que le duvet de l'oiseau enfui.
Qui était-il, le soir pleurait-il, ou frappait-il la cadence des joies? A-t-il seulement bu l'eau de la carafe sur la table de nuit, ou l'a-t-il simplement ignorée?
Même les fantômes ont courte vie, le temps d'une allumette qui tombe dans le puits. Il l'a grattée afin de voir le visage d'un autre.
L'âme est comme un fruit encore vert et sur la praça le kapokier frissonne au vent de janvier : ne lui demandez plus des nouvelles des morts.
Dans ce lit maintes fois refait qui lui servit de temporaire asile, il a lu Lunário d'Al Berto jusqu'à l'aube nouvelle, en tirant frileusement son drap jusqu'au menton.
Beno en était le personnage en partance qui regardait l'océan et dévidait ses souvenirs en contemplant au loin de la fenêtre l'accolade d'une mouette.
Vous ne le trouverez plus à la pension bom conforto : il a dit adieu de la main au sublime quartier de Graça et s'en est allé avec son azulejo plié dans du papier journal.
Juste avant l'embarquement, tu as fait connaissance d'un Sénégalais interprète de conférence, qui attendait sa correspondance depuis la veille au soir. Il te parla de Moussa, l'ami décédé, et de son copain, l'Anglais Joseph Winter, correspondant à la BBC.
Le monde se réduisit alors à cette fragile peau de bonheur de parler des êtres chers d'une vie antérieure.Tu te surpris à rêver, toujours plus haut, toujours plus fort, et fis battre, au fond de ton coeur, le carillon fêlé du rappel.
Deux autres rêvaient somnolents sur la natte des heures creuses, les yeux mi-clos sur l'errance de graines zélées de soie, dans la chaleur invincible des après-midi sans prédestination.
Tu te mis à penser à ce frère dont la vie n'a su te faire le gardien, dont tu ne peux plus aujourd'hui serrer la main. Pensas-tu que la neige pourrait tomber et ses flocons te couvrir du manteau de sa présence?
Longtemps le filament du firmament brilla avec pâleur dans le ciel hivernal.
Tu marchas avec tes lourdes valises à bout de bras sur l'Avenida Cidade de Luanda, sur la ligne de partage entre entre cités et cimetière où, comme l'écrit Yorgos Seferis, les morts d'Occident ne se taisent vraiment que parce qu'ils parlent le language des fleurs.
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