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Je voudrais être celui qui fait la poussière dans la demeure, après des jours de paresseuse absence. Celui qui déchiffre imprudemment le hiéroglyphe laissé à son intention sur la table, écrit une éternité plus tôt, ou peut-être un court instant.
Un jour, j’ai trouvé un morceau de papier froissé qui portait mon nom dans la chambre de Daniel. Je l’ai déplié précautionneusement, religieusement, comme une fleur de papier japonaise. Le document portait des codes-barres au verso. Au recto étaient écrits ces mots: ‘si je n’avais pas été ton ami, je ne t’aurais pas invité en Galice pour y chercher ton foyer.’ Le morceau de papier datait de quelques semaines plus tôt, quand Daniel exerçait un travail répétitif qui consistait à coller des étiquettes sur des bocaux dans un laboratoire d’analyse.
Quelques heures après cette découverte archéologique de premier plan, Daniel est rentré. Il a fait le ménage, enlevé la poussière qui s’était accumulée depuis des semaines afin d’accueillir son amie Ana qui allait arriver en visite de Madrid. Il dérangea même les araignées laborieuses qui tricotaient paisiblement au plafond. Il ramassa la boule de papier oubliée et la jeta dans la boîte à ordures de la cuisine. La fleur s’étant fânée, ses pétales trop ouverts, le temps l’avait reprise dans sa main.
Chaque fois que je te parle aujourd’hui, Daniel, j’achète le temps, comme ceux qui en sont les humbles mendiants corrupteurs et mettent leur pièce, leur aumône, dans l’appareil téléphonique.
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