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L'Enfance

le mardi 27 décembre 2005, à 01:03. Posté par AC


    Ô enfance, crime il y eût, puisque tu n'es plus, puisque tu fus une seule fois comme dans les contes et puis t'en es allée à la volée, crime dont je n'ai pu amener au jugement le perpétrateur, soumettre à la question, et encore moins à l'échafaud des hypothèses celui qui l'a commis et dont tous nous connaissons le nom: le temps.

    Enfance de la crue, de la montée des eaux, du sang perdu et du gué du passage, je cherche encore à apprendre à lire en toi.

    Avec ma boule de cristal ce n'est plus le futur que l'élucide, mais le passé recomposé, le futur antérieur peut-être des objets abandonnés à eux-mêmes et des êtres qui ont tangué sur le radeau de la vie.

    Laissez-moi vous conter ces jours faits de misères et de joie, de claques et de talc, ces moments doux-amers entre l'Emile et l'encens, entre l'église et la réglisse. Aujourd'hui le nouveau-né est logé en moi, relié par son cordon ombilical au passé nourricier, j'entends l'écho, le murmure de sa voix, dans toutes les cavités intimes de mon être, ses pleurs aussi parfois. Attention: je vais secouer les chaînes de l'enfance!

    Ah l'eczéma, la maïzena, la popeline, la peau plissée ; le zizi, le zozo, le zoo ; le criquet, la croquette ; Dame Pomme de Pin la pomme de pin landaise ; du vent en veux-tu en voilà, le Mistral dans les platanes, le sable mouillé sous les pieds nus, chaque parcelle d'insouciance ma mémoire patiemment ravaude et remembre. Paré pour la purée? Pour une cuillérée avalée trois sur le jabot, puis ce seront les labours et les rails industrieux tracés à la fourchette refroidis par le souffle, on commence à manger par les bords dit la voix.

    Où sont les bottes jaunes du merle, le gravier du jardin, les collections d'escargots, l'odeur des roses, le parfum des choses? C'est le mot lino qu'on apprend à écrire et puis le mot apostrophé consigné dans un carnet de toile, la date au tableau noir usé par les années comme une vieille falaise, oui-oui et le ballon rouge, la souris qui a élu domicile dans une meule de gruyère, tic-tac, cric? crac! Tout fadit, tout s'efface, tout s'éparpille, il n'en reste qu'un pour se souvenir de ce que mille ont vécu, un seul éclaté parmi sa vérité.

    Et l'enfance se sauve comme le lait du matin pour mieux s'en retourner au soir venant, il ne sert à rien de courir pour l'empêcher de nous fuir, nul ne perd rien pour attendre.

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commentaire ( 1 ) (Ajouter un commentaire)
Rebecca le samedi 23 décembre 2006, à 17:10
Ca ne manque pas d'originalité. Très expressif, j'ai apprécié. On retrouve dans ce poèmes des souvenirs de l'enfance. C'est très imagé.

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