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Adresse au cercle noir

le dimanche 29 juin 2025, à 00:20. Posté par AC


    Dans ce puits obscur d’une ville méridionale, j’ai laissé choir, d’un geste distrait, une pièce d’argent dans l’abîme. En retour, une voix intérieure m’a soufflé :

    "Ce que tu cherches n’est pas ici. Mais avais-tu vraiment le choix de ne pas venir ?"

    Je ne sais au juste ce que j’espérais, le cœur momentanément arrêté, pris dans la moiteur de l’air, les yeux fixés sur les eaux obscures redevenues muettes. Rien ne bougeait. Rien, sinon un souvenir déjà si lointain : le battement oublié d’une mer intérieure.

    Sans doute ai-je lancé plus qu’une simple pièce : une question sans visage qui portait ton nom, Roger.

    Et le silence, épais de chaleur, a semblé me répondre : "On ne retrouve jamais, dans la pathétique noirceur de nos vies, que ce qu’on y a déposé."

    Place Rossetti. Il pleuvait à verse. J’ai voulu allumer comme un feu follet en ta mémoire. Non avec la prétention de sécher les errants, ni de chasser les ombres, mais pour que tu sois là, encore un peu, comme une chaleur qu’on reconnaît sans jamais prétendre savoir qui l’insuffle.

    La flamme n’a pas pris, ou si peu. Elle a presque aussitôt vacillé entre mes mains qui lui faisaient cupule. Pourtant, dans la buée des vitrines, ton reflet s’est glissé, furtif. Alors j’ai attendu. Le café tiédissait dans son gobelet de carton.

    Peut-être que ce feu sacré, je ne l’avais pas allumé pour toi au fond, mais pour celui que j'avais été. Une tentative dérisoire de ranimer quelque chose - une présence, une ancienne version de moi-même depuis longtemps disparue qui croyait encore aux retours.

    Un enfant a glissé près de la fontaine. Il a ri, s’est redressé, trempé mais joyeux. Dans ce rire, j’ai cru un court instant entendre ton timbre, une vibration familière.

    Un banc en bois face à l'océan : voilà tout ce qu’il reste de toi au bout du compte si l'on parle de matérialité, là, au centre du cercle noir qui vient à se plisser de la pièce reçue. Et une lettre, de toi, à laquelle je n’ai jamais eu le temps de répondre. Je sais maintenant que ce vieux compteur électrique - celui contre lequel j’ai un jour collé l’oreille et qui hoquette - finira par mettre le feu à notre immeuble vétuste, celui que trahit nos mémoires. Et que pour avoir la vie sauve, encore une fois, il me faudra traverser hébété la rue étroite à l’aide d’une échelle tendue au-dessus du vide par un inconnu.

    Au fond, quoi qu'on en dise ou veuille en penser, rien ne saurait éternellement reposer, alors éveille-toi en paix, ami !

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