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LA PROCESSION DU CATINACCIU
Adossée à la colline, dominant la vallée du “RIZZANESE” et le golfe du “VALINCO”, construite en granit, aux ruelles étroites et aux maisons antiques, SARTENE “ La plus corse des villes corses “ disait MERIMEE, semble être une cité d’un autre temps (ou de tous les temps).
Si le Parthénon évoque ATHENES, les Pyramides l’EGYPTE, la Place Saint Pierre ROME, le Saint Sépulcre JERUSALEM, le “Monument” évocateur de la ville de SARTENE est le “Catenacciu” (vocable de la langue corse qui signifie: ‘porteur de chaînes”, “homme enchaîné’).
Il s’agit de la plus ancienne tradition religieuse du sartenais, qui semble défier le temps et les vicissitudes de l’histoire sociale et religieuse de celle région du sud de la Corse. L’origine de celle manifestation se perd dans la nuit des temps.
Elle trouve ses racines dans la complémentarité de trois évènements heureux pour SARTENE, et qui ont pour cadre l’époque médiévale.
L’arrivée au XIII. siècle sur l’îLE de CORSE des moines françiscains (la présence de très nombreux couvents sur 1’ile témoigne de la vitalité de cette congrégation) qui ont introduit les “chemins de croix”, l’influence aragonaise des XIV et XV0 siècles, dont la mentalité était fortement imprégnée par les pratiques religieuses dites “pénitentielles” (les aragonais édifièrent les remparts encore visibles aujourd’hui de la vieille ville de SARTENE) et l’apparition au XV siècle des confréries de pénitents, telles les confréries des “Battuti”, de “Santa Croce” et de “A Compagnia del Santissimo Sacramento” (cette dernière confrérie existe encore de nos jours à SARTENE et compte une soixantaine de membres actifs).
Le “Catenacciu” est une procession nocturne, se déroulant tous les Vendredis-Saints, et qui représente, par un chemin de croix à travers les rues de la cité moyenâgeuse, la montée du CHRIST au calvaire.
Elle s’est perpétuée d’année en année, et reste immuable jusqu’à nos jours. En 1943, malgré l’occupation des armées de I”’AXE” et l’instauration du couvre-feu, le clergé et les paroissiens réunis dans l’église paroissiale SANTA MARIA ASSUNTA décidèrent de sortir en procession à travers la ville et le pénitent accomplit son chemin de croix, escorté par des hommes en armes. A l’issue de la cérémonie, le curé de la paroisse R.P.FOATA dans son sermon, prononça en guise de conclusion ces mots:
VIVE LE CHRIST! VIVE SARTENE! VIVE LA CORSE! VIVE LA FRANCE!’. Outragés les soldats de l’Occupation l’emmenèrent pour l’emprisonner, mais devant les grondements d’une foule hostile, relâchèrent le prélat quelques instants plus tard.
Un homme, vêtu d’une aube et d’une cagoule rouges (servant àpréserver son anonymat) ponant sur ses épaules une croix en chêne massif de 34,5 Kilos et traînant une lourde chaîne de 17 Kilos sanglée à sa cheville droite, suit un parcours de i ,800 Km pendant deux heures à travers les ruelles de la ville.
C’est le “Catenacciu”. Il figure le chemin de croix du CHRIST au GOLGOTHA et comme l’accusé” de PONCE PILATE, tombe 3 fois tout lors de sa “Peregrinatio”.
Les endroits où chute le “Catenacciu” sont choisis symboliquement et se situent là où s’élèvent des lieux de culte. La première chute intervient devant l’Oratoire ‘SANT’ANNA” (Place Antoine De GIOVANNI) qui fit fonction d’église paroissiale de SARTENE au XVIII siècle (c’est en fait une petite chapelle). La deuxième est programmée sur la place PORTA, au pied de l’église “SANTA MARIA ASSUNTA”, actuelle église paroissiale), et enfin la troisième a lieu où jadis s’élevait l’oratoire “SANTA LUCIA” aujourd’hui disparu (au bas de la rue CROCE).
Comment devient-on “Catenacciu” ? Cet homme, d’un age mûr et dans la plupart des cas originaire du Sartenais, a présenté sa candidature, de nombreuses années à l’avance, auprès de M. Le Curé de SARTENE qui l’a inscrit sur un registre spécial où est consignée une liste, déjà très importante, de noms des candidats.
Les motivations qui le poussent à accomplir cette terrible épreuve semblent inébranlables, avec un dénominateur commun: l’Amour du Prochain et le Don de soi.
Les raisons présentées à M. le Curé sont diverses et relèvent, pour celui qui les explicite, d’une importance vitale.
En résumé, elles s’articulent autour de 4 thèmes:
1) l’expiation de fautes gravissimes envers DIEU
2) en remerciement d’une grâce recue
3) l’accomplissement d’un voeu que le candidat avait fait de longues années auparavant
4) la réalisation d’un acte de foi, sincère et sublime
Pour Françis LEONETI (auteur du livre: “Le Pénitent Catenacciu’.1980). ..“c’est surtout la communion d’un simple mortel avec le CHRIST”, et pour Didier GIROUD-PIFFOZ (auteur de “Le sang et la Lumiêre.1982)...”Le témoignage vivant de l’humilité”.
Pour ne pas oublier ce qui s’est passé il y a près de 2000 ans, un homme s’est engagé à vivre, dans une profonde solitude et une sincérité vraie, le douloureux calvaire.
La procession, proprement dite, s’élance de l’église SANTA MARIA à 21 heures 30 précises, où le pénitent rouge aura été enchaîné et chargé de sa croix au pied de l’autel par deux hommes de la confrérie du ‘Très Saint Sacrement”.
Auparavant, il aura été mis au secret durant 3 jours, dans une cellule monacale du couvent des SAINTS COME et DAMIEN (saints Patrons de la ville de SARTENE).
Cette retraite, indispensable au pénitent, sera faite de méditations, de pénitence et de prières. Pour l’aider en cela, il aura à sa disposition de nombreux livres (La Sainte Bible, la Passion du CHRIST selon le Chirurgien, les Psaumes...etc) racontant la Passion de Notre Seigneur. Il s’en imprègnera dans le “calme divin” de sa cellule.
A mi-parcours de la procession, le “Catenacciu” sera soulagé quelques instants de son fardeau par un deuxième pénitent en aube et cagoule blanches, en signe de solidarité.
Cet autre pénitent figure celui qui a aidé le CHRIST à porter sa croix jusqu’au bout, c’est Simon de CYRENE.
Juste derrière ces deux hommes, 8 pénitents, habillés d’une tunique et d’une cagoule noires, symbolisent les “JUIFS”. Quatre d’entre eux portent un dais noir (ou baldaquin) qui protège un CHRIST gisant (statue en bois polychrome, très ancienne et dont l’origine reste inconnue) dans son cercueil, recouverte d’un linceul blanc et portée par les quatre autres pénitents noirs.
Les 10 pénitents sont tous des hommes et accomplissent leur “Peregrinatio” pieds nus.
Tous sont assistés par le clergé de la paroisse et par les membres de la confrérie “A COMPAGNIA DEL SANTISSIMO SACRAMENTO” qui forment autour des pénitents une haie d’honneur et exécutent, durant le temps que dure la procession, des chants lancinants de pénitence, en latin “LE MISERERE”, et en vieil Italien corsisant le ‘PERDONO, MIO DIO” et le “CROCI FISSO”.
Avant que n’intervienne la 3ème chute et le retour vers SANTA MARIA, les pénitents, le clergé, les confrères et tous les fidèles font une halte à l’église SAN BASTIANU (chapelle située sur les hauteurs de la ville, au sud-est).
Ici le “Catenacciu” se recueille et prie agenouillé à l’autel, au pied duquel sont placés un CHRIST GISANT et une VIERGE drapée de noir(représentation de la Ste Vierge Marie pleurant, au sommet du calvaire, son fils à sa descente de croix).
Enfin, après que le ‘Catenacciu” ait chuté une troisième et dernière fois, les pénitents regagnent le parvis de l’église paroissiale, où les pèlerins rassemblés, venus des quatre coins de l’Europe, écoutent avec recueillement le sermon d’un Père Prédicateur (spécialement commis pour animer les différentes étapes de la SEMAINE SAINTE à SARTENE) et reçoivent la Bénédiction Pascale.
Les acteurs de ce Vendredi-Saint à SARTENE, regagnent l’intérieur de l’église SANTA MARIA et viennent se recueillir devant le Maître-Autel.
La chorale de la confrérie entonnent le “PERDONO, MIO DUO “, alors que la foule se prosterne devant la statue du CHRIST GISANT (celui-là même porte par les pénitents noirs en procession), puis monte vers le chœur pour se recueillir une dernière fois devant la Croix déposée sur le Maître-Autel, où sont agenouillés les 10 pénitents.
Lorsque le dernier pèlerin se sera ainsi prosterné, les pénitents quitteront alors la nef. Le “Catenacciu” et “Simon de Cyrène” seront ramenés par M. Le Curé dans leur cellule respective du couvent des Franciscains SS COME et DAMIEN.
Le lendemain matin, ils reprendront leur place parmi la population sartenaise, avec autant d’humilité qu’ils ont eu en ce soir du Vendredi-Saint dans les rues de SARTENE, et garderont leur vie durant, le souvenir indélébile de cette Semaine Sainte.
Le “Catenacciu”, l’homme vêtu de rouge du Vendredi-Saint, sera désormais le maillon d’une chaîne d’hommes, qui aura perpétué une tradition séculaire, mais surtout permis le rassemblement d’hommes et de femmes de toutes races, de toutes nationalités et de tous âges venus témoigner de leur foi, comme disciples de JESUS CHRIST.
AUJOURD’HUI, l’anonymat des pénitents est toujours préservé avec soin et les personnes désireuses de porter un jour “L’HABIT DE LUMIERE” doivent se faire connaître longtemps à l’avance auprès de M. Le Curé de SARTENE, lequel inscrit le nom des postulants sur un registre spécial gardé soigneusement dans son secrétaire. Cet homme est seul habilité à recevoir les confessions et à juger des motivations de ces hommes hors du commun.
De source bien informée, il semble qu’il n’y aurait plus de places vacantes jusqu’en l’AN 2020 pour accomplir cet acte de foi et perpétuer cette tradition, unique au monde.
AU COUVENT DES SAINTS COME ET DAMIEN
Après avoir été choisis, quelques mois auparavant, par le curé de SARTENE, les pénitents rouge et blanc, se présentent au couvent des Franciscains pour être mis au secret.
Une cellule monacale leur est offerte pour se préparer, dans la solitude et la prière, à la procession du Vendredi-Saint.
Cette cellule est humblement meublée: une vieille table, un lit bas, une chaise. Sur le mur aux couleurs défraîchies est accroché un crucifix sculpté dans un bois rustique. Les moindres détails de celle pièce resteront à jamais gravés dans la mémoire du pénitent
En général, le pénitent rouge se présente deux jours et plus avant le Vendredi-Saint, le pénitent blanc, la plupart du temps la veille.
Dans leurs témoignages, nombreux sont les pénitents qui ont insisté sur l’importance de cette retraite, un véritable acte de conscience et une préparation spirituelle intense.
Face à eux-mêmes, face à leurs péchés, face à DIEU, ils entreprennent de descendre au plus profond de leur conscience. Durant ces longues périodes de méditation, certains de ces “réparateurs du monde” ont refusé de s’alimenter.
Le dernier jour semble le plus difficile à vivre. Monsieur le curé reçoit la confession des pénitents, et l’après-midi, le Père supérieur du couvent amène le costume pénitentiel ( aube, cagoule, gants et cordon ).
Vers 20 heures, ces hommes s’habillent en silence et dans un grand recueillement. Quelques instants plus tard, le calme et la sérénité ont fait place au doute et à l’angoisse.
Au dire des pénitents, ces moments paraissent insupportables et l’atmosphère étouffante.
Mais ils sont tirés de leurs méditations par M. le curé qui, frappant à la porte de leur cellule, leur dit d’un ton sec et autoritaire:
“Dépêchez-vous, c’est l’heure!”.
Une dernière prière, et voilà nos deux pénitents qui se rencontrent pour la première fois en franchissant le seuil du couvent.
Ils s’engouffrent d’un pas hésitant dans la voiture du curé qui les emmène à l’église paroissiale Santa Maria.
A L’EGLISE SANTA MARIA ASSUNTA
En route vers l’église Santa Maria, la voiture semble se frayer difficilement un passage à travers les ruelles déjà envahies par les pèlerins venus du monde entier pour voir, prier et témoigner.
Ensemble cosmopolite qui fait de SARTENE, en ce Vendredi-Saint, le “Golgotha” de la Corse.
Il est 21h15, le “Catenacciu” et “Simon de Cyrène” se présentent à la porte de la sacristie. Par un couloir reliant celle pièce à l’église proprement dite, ils pénètrent, accompagnés du curé, dans le chœur, occupé par les membres de la confrérie “A COMPAGNIA DEL SANTISSIMO SACRAMENTO”.
De la nef, qui semble trop petite pour contenir la foule qui s’y presse, monte une rumeur sourde. La grande croix est posée sur l’autel qui attend son porteur. Sur ses marches, huit pénitents noirs qui porteront le dais et le linceul, dans lequel est placé un christ gisant, prient en attendant la mise en place de la procession.
Les deux pénitents, le “Catenacciu” et Simon de Cyrène, s’agenouillent au pied de l’autel, en s’appuyant légèrement sur le “Bois Sacré”.
Déjà l’angoisse gagne le pénitent rouge et le contact avec les marches de l’autel, en marbre dur et glacé, lui fait maintenant prendre conscience que son “rêve ambitieux” est devenu réalité.
Deux membres de la confrérie, spécialement désignés, passent autour de sa cheville droite, le bracelet de cuir portant les “chaînes du péché”.
Prosterné au pied de l’autel, il fait une dernière prière avant qu’on lui intime l’ordre de se lever, et sans ménagements, un confrère le charge de la croix, instrument de son supplice.
Sous l’impact du lourd fardeau, il accuse le coup en pliant les genoux puis en courbant l’échine. Désormais aucune hésitation n’est possible, il doit accomplir sa pénitence jusqu’au bout.
VERS LE CALVAIRE
21 H30! ... Le pénitent rouge se présente sur le seuil de l’église SANTA MARIA, suivi par le pénitent blanc et les huit pénitents noirs, encadrés par le clergé et les membres de la confrérie.
Un courant de tension semble parcourir l’atmosphère. Les yeux du “Catenacciu” subissent les centaines d’éclairs des flashes qui crépitent et qui l’aveuglent un long moment.
La foule des fidèles est compacte. Marée humaine qui vous assaille et vous fait peur. Les pénitents la sentent hostile, comparable à celle qui, il y a quelques 2000 ans, vociférait et crachait sur le condamné de PONCE PILATE.
La procession s’ébranle et les confrères entonnent le “PERDONO, MIO DIO”, chant litanique, lancinant aux résonances antiques, qui vous serre la gorge, vous fait frissonner et impose à la foule le silence. Ainsi, elle traverse le parvis de l’église.
Ployant sous le poids, le “Catenacciu” semble fragile sous cette croix démesurée. Pourtant il subira son calvaire jusqu’au bout.
Il s’engouffre dans la rue SANrANNA, et la croix commence à osciller mal assurée sur son épaule. Arrivé devant l’oratoire SANT’ANNA, sur un signe du curé, il chute pour la 1ère fois entraînant avec lui le lourd fardeau qui s’est abattu sur son échine.
Visiblement il souffre et son souffle est haletant. Pourtant le plus dur reste à faire. Il se relève et reprend son rythme.
La procession s’engage dans les ruelles montantes et malaisées de la vieille ville ( rue Joseph TAFFANELLI ). La chaîne que trame le “Catenacciu” s’accroche aux aspérités des vieux escaliers hauts comme on n’en fait plus et très irréguliers. ( 22 marches ).
Cette montée vers le “Forum” qu’est la place PORTA représente l’une des principales difficultés de sa pénitence.
L’homme est visiblement épuisé, il vacille. Gêné par sa cagoule, l’obscurité et la sueur qui lui brûle les yeux, il trébuche. Il atteignant l’entrée de la vieille ville “A LOGGHIA” qui débouche sur la place principale où il chute pour la 2ème fois. Cette chute est plus franche et le temps de récupération plus long.
Le pénitent rouge n’est plus qu’un bateau ivre livré à lui-même, souffrant d’une terrible solitude et en proie au doute et à l’angoisse.
Ici, il est à mi-chemin de son calvaire. Après sa 2ème chute, l’inconnu poursuit sa terrible marche, en empruntant la rue Borgo, qui le mènera à l’église SAN BASTIANU.
D’un geste devenu naturel il s’efforce de lever sa cheville entravée par l’énorme “boulet’. Mais ce mouvement coutumier prend ici un caractère de souffrance. Il se rend bien compte maintenant que son calvaire depuis longtemps déjà à commencé.
C’est à cet instant choisi que le pénitent rouge trouvera en le pénitent blanc, ce Simon de Cyrène, une aide salvatrice. Ce dernier le soulagera de son fardeau en se chargeant de la croix pour grimper la rue Borgo vers la petite église.
Désormais le grand pénitent ne se sentira plus tout à fait seul et cette aide il la ressentira comme un geste de fraternité
Le chant des litanies, se mêlant au raclement des chaînes sur le granit, font passer un frisson d’angoisse dans nos cœurs sensibilisés par la présence de ces hommes énigmatiques. Vous êtes pris d’un saisissant malaise qui vous arrache quelques larmes. Mêmes les cœurs les plus endurcis s’émeuvent à leur passage.
Maintenant, quelques dizaines de mètres séparent encore le “Catenacciu” du sanctuaire haut perché de SAN BASTIANU
SIMON DE CYRENE
Le pénitent blanc a suivi la même procédure d’inscription que le pénitent rouge. Après avoir accomplit les formalités d’usage (état civil, domicile...), M. Le Curé demande à l’homme qui se présente à lui, quelles sont les motivations qui le poussent jusqu’à la porte de son bureau, en précisant bien que sa demande sera prise en considération, mais que vu le nombre important de candidats déjà inscrits, il devra patienter plusieurs années.
Cet homme représentera Simon le Cyrénéen, et comme il y a 2.000 ans, il se trouvera sur la route du supplicié pour l’aider et le soulager quelques instants de son terrible fardeau.
Il est donc amené à seconder le “Catenacciu”, surtout si ce dernier éprouve de grosses difficultés à terminer son parcours.
Le pénitent blanc aide également le pénitent rouge, lors de ses trois chutes à se relever. Il incarne ici la solidarité humaine.
Certains grands pénitents, souffrant terriblement sous le poids de la croix et des chaînes, ont trouvé en Simon de Cyrène, le remède à leur désarroi et à leur grande solitude, Ils y ont vu en ce frère une aide salvatrice.
A L’EGLISE SAN BASTIANO
Ayant repris son fardeau, que Simon de Cyrène vient de lui remettre, c’est d’un pas hésitant et titubant que le pénitent rouge franchit les dernières hautes marches qui le séparent de l’église SAN BASTIANU (en réalité, une petite chapelle située sur les hauteurs de la ville, au bout de la rue Borgo).
Il pénètre dans le sanctuaire, où déjà la foule des pèlerins s’est amassée, accompagné du pénitent blanc, des pénitents noirs, du clergé et des chants de la confrérie, pour un dernier instant de recueillement et de prière.
Le “Catenacciu” s’agenouille au pied de l’autel où un Christ gisant repose dans son linceul, veillé par une vierge vêtue de noir qui semble implorer le ciel, nous rappelant la tragédie du Golgotha.
Après quelques prières et une courte oraison du Père prédicateur, la chorale de la confrérie entonne un chant de pénitence “ Crocifisso, mio signore “. Puis le cortège pénitentiel quitte la petite église et se remet en route.
AU GOLGOTHA
Sur les accents du “MISERERE”, le cortège pénitentiel a quitté la chapelle SAN BASTIANU pour s’engager dans l’étroite ruelle “Croce” à forte déclivité et aux dallages, rugueux et inégaux, faisant trébucher encore plus le pénitent rouge qui entame la dernière partie de son calvaire vers le parvis de l’église paroissiale SANTA MARIA ASSUNTA, lieu symbolisant le GOLGOTHA.
Enserré dans sa cagoule qui lui colle à la peau, inondé de sueur qui lui brûle les yeux, le “Catenacciu” continue à subir son chemin de croix dans une souffrance poussée à son paroxysme qui l’entraîne vers sa dernière chute. Cette troisième chute interviendra à l’endroit où s’élevait jadis l’oratoire SANTA LUCIA ( Entrée de l’hôpital actuel ).
D’après les témoignages de nombreux pénitents, cette dernière chute est ressentie comme une délivrance, une sorte de purification.
Cependant, c’est un homme accablé et en larmes, complètement brisé et épuisé, qui termine son calvaire en empruntant pour la dernière fois la place PORTA. A cet endroit la foule est si compacte que les quelques dizaines de mètres le séparant de l’église paroissiale lui semblent infranchissables.
Enfin, il atteint le parvis de SANTA MARIA ASSUNTA, envahi par de véritables grappes humaines venues assister au dénouement de sa “Passion”.
A cet instant, il s’affaisse sur sa croix, s’agrippant pour rester debout, il gémit, il implore.
Pourtant tous les “Catenacciu” ont trouvé jusque dans leurs dernières limites, la force morale et physique, de porter la “Croix du Christ’ et les chaînes de ses péchés, de nos péchés.
APOTHEOSE.
Tous les acteurs de celle procession et les milliers de fidèles sont réunis sur le parvis de l’église et la place de l’hôtel de ville.
Devant cette scène antique, les clameurs de la foule se sont tues. C’est l’instant que choisi le Père Prédicateur pour s’adresser à elle par ces mots:
“Image du condamné A la croix, au terme du supplice vous êtes sans force. Comme le Christ, votre épuisement est réel. Il est offert. Il serait bas et vil d’avoir l’insolence d’en douter.
Qui que vous soyez fidèles, en voyant ces réparateurs du monde qui suivent les pas du crucifié, n’êtes—vous pas pris de vertiges? Est—ce que vous n’avez jamais rêvé d’un monde où l’on pourrait se dépasser toujours? Donner l’inlassable don de soi— même”.
Après le sermon, le prédicateur bénit la foule à l’aide du christ gisant, celui-là même porté par les pénitents noirs durant toute la procession, puis le pénitent reprend son fardeau et regagne l’église SANTA MARIA.
Il lui faudra s’agenouiller au pied de l’autel, et appuyé contre la croix, patienter jusqu’à ce que le dernier fidèle, venu se prosterner, quitte le Saint-lieu.
Alors seulement, le “Catenacciu” retrouvera, avec la solitude et le calme de sa cellule monacale, sa véritable identité.
“Pèlerins du Catenacciu” n’emportez pas seulement le souvenir d’un vieil usage, venu du fond des temps. Ce serait le ternir. Gardez gravée en vous la douleur de l’homme, infiniment profonde , et donc infiniment respectable. Mais souvenez-vous aussi qu’elle passera toute, cette douleur, transfigurée par la VICTOIRE DU CHRIST-SEIGNEUR.”
L’écrivain Didier GIROUD-PIFFOZ , en guise de conclusion à son livre “Le sang et la lumière”, disait:
.... . Je souhaite que de plus en plus, des gens viennent assister au “Catenacciu” de SARTENE, non pas en curieux, mais en fidèles. Que des hommes, des femmes, des enfants, des enfants encore et surtout, viennent se joindre A ces “REPARATEURS DU MONDE”, communier avec eux, pour que chaque Vendredi—Saint se renouvelle le même chant d’espoir, d’amour et de paix...”
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