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Les horloges défuntes

le mercredi 14 novembre 2012, à 08:03. Posté par Philip de Berg


    Les horloges défuntes ont arrêté le Temps.
    Dans mon âme figée, défile le Passé,
    Qui rappelle à mon cœur comment les jours présents
    Sont vains sans la couleur de ces instants blessés.

    Dans le creux des vallons, dans l’ombre des faubourgs,
    Sont des oiseaux moqueurs qui ricanent en pleurant,
    Comme pleurent mes pas d’un lugubre écho sourd ;
    Ils s’en sont adournés, humbles et implorants.

    Dans ces heures figées, pour attacher la nuit
    D’un silence éternel, et pour clore mes yeux
    A l’abri des brouillards qui projettent l’ennui
    J’irais, las, en lampant, sur vos océans bleus.

    Et dans les froids cachots des plus sombres nadirs,
    Quand montent tous les cris des damnés et menteurs,
    Quand hurlent ces pardons que le froid va roidir,
    Repartira le Temps, mystique prédateur.

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commentaires ( 19 ) (Ajouter un commentaire)
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le mercredi 14 novembre 2012, à 08:24
Voici un écrit du matin qui emprunte à cette mélancolie "verlainiène" qui caractérisait bien le poète. Le texte, sans être vraiment crypté, se veut exhaler, dans une touche volontairement impressionniste et légèrement surréaliste une mystique un peu précieuse. Préciosité, dans le sens un peu péjoratif du terme. D'où le choix, volontaire également d'avoir introduit dans mon poème quelques mots anciens et aujourd'hui inusités. Peut-être pour me moquer (de moi ?), aussi pour situer ce poème dans ce XIX° siècle des poètes que j'aime tant.
Mais en soi, pas de moquerie dans le fond du poème, que je voulais intituler "Quand hurlent ces pardons", comme à l'avant-dernier vers.
J'ai voulu donner l'impression du temps qui s'arrête, qui se fige.....et le moment venu qui repart dans sa course mystérieuse, mystérieuse pour chacun d'entre nous, car nul ne peut prédire l'instant suivant.
- S'adourner signifiait se préparer, se vêtir avec un souci sous-jacent d'élégance.
- Le nadir, par opposition au zénith est le point le plus bas de l'horizon.
- Lamper est un clin d'oeil au "Bateau ivre" de Rimbaud :
"Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème/De la Mer, infusé d'astres, et lactescent/Où, teignant tout à coup les bleuités....". Puisque "lamper" est une expression qu'utilisaient les vieux marins pour désigner les phosphorescences observées à la surface des flots.
Bonne lecture, ami(e)s et sincères amitiés à tous et à toutes. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier

José le mercredi 14 novembre 2012, à 08:47
La toute puissance de Cronos, est très bien rendue, rien ne lui échappe et il dévore irrémédiablement tout...Un poème de Titan!
A contrario, s'y dessine l'impuissance pathétique de l'homme, à qui a été donné le bonheur de vivre des zéniths, quand sa destinée ultime semble être celle de 'nadirs'.
Amitiés et bravo!

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le mercredi 14 novembre 2012, à 09:19
Merci mon cher José, d'avoir perçu le sens de mes vers. Il y a des moments de notre vie où l'on voudrait implorer la supplique bien connue de Lamartine (dans "le Lac") :
" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !"
Amitiés, José.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier

domidom le mercredi 14 novembre 2012, à 10:58
Un magnifique écrit...
Pouvoir un instant , toucher le plus profond de l'horizon, là où sont cantonnés les oubliés de Dieux... Quand bien même ils hurlent leurs pardons, c'est désormais trop tard, personne ne peut les percevoir, si un jour nous pouvions les entendre, que nous apporterait la résonance de leurs cris...
Un poème mystique qui affiche au grand jour la faiblesse de l'homme.
J'adore ce dernier quatrain....
Gros bisous....
Domie...
http://www.mespoemes.net/domidom

larose le mercredi 14 novembre 2012, à 14:12
Bonjour Philip!!
En lisant ton merveilleux poème, je me suis dit ouffff!!! Il s'arrête de temps en temps de courir, j'ai l'impression le temps ne s'arrête jamais pour toi, tu dois être un homme pressé!!! Je suppose!!! LOL
Ton poème me fait penser le voyage d'Ulysse!!! Merci pour ce beau partage!! Bonne journée
Biz

oliverjane1950 le jeudi 15 novembre 2012, à 00:10
---Si le temps n'existait pas comment feraient les vauriens pour devenir meilleurs ? C'est donc une chance pour eux... A moins de se fondre dans l'Amour...élixir éternel ! Mais, peu d'élu.
Bonne nuit

http://www.mespoemes.net/oliverjane1950

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le jeudi 15 novembre 2012, à 07:52
Pour OLIVER :
Il n'y a pas que les vauriens qui cherchent à devenir meilleur, tu sais. Qu'est-ce qu'un vaurien ? Le Temps ? Notre meilleurs ami ou notre pire ennemi. Amitiés.
Pour ROSE :
Merci d'être passé. Oh oui, je cours toujours. Après quoi ? Mon passé, mon futur ? Des fois je le sais, des fois je ne le sais même pas. Amitiés.
Pour DOMIE :
Mystère de l'existence, des sentiments humains. Ils nous échappent et pourtant ils naissent au fond de nous. Tu dis, avec beaucoup de beauté "Pouvoir toucher le fond de l'horizon...". Moi, je dis, à peu près de la même manière "Traverser l'arc-en-ciel pour rejoindre les collines". Ah si c'était possible. Amitiés et bisous chère marraine. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier

Loïc le jeudi 15 novembre 2012, à 15:53
Il y a quelque chose d'universellement perçu dans le désespoir : que le temps ralentit puisque chaque moment est une corvée, et que les lendemains se ressembleront tous. Tiens, vois un peu à quel point je comprends : un extrait du milieu d'un poème écrit il y a 9 ans, très long et très personnel que je n'ai jamais posté (on verra si je le fais un jour) :

"Qui s’habille de vie quand la vie n’est pas belle ?
On doit fuir le voilier qui n’est plus qu’une épave,
Flamboyer en une gigue sur le toit d’un hôtel
Ou s’emmurer vivant dans l’ombre d’une cave,
Là où le briquet grince mais l’espoir ne prend pas.

Changer son numéro, puis changer son adresse,
Parler à des visages comme on parle à soi-même ;
Les aiguilles s’arrêtent à l’heure où on les laisse
Et rouillent, se défont pour tomber dans l’oubli
D’un rêve qui s'endort dans un corps qui vieillit."

Inutile de dire qu'à cette époque, j'étais précisément dans ton état d'esprit.

Et ensuite... les choses changent et le temps va trop vite. Il m'est arrivé de regretter les jours d'ennui.

Amitiés Philip !

http://www.mespoemes.net/cellox

les prosesdeslim le jeudi 15 novembre 2012, à 17:51
Cher Philip,
"n'être que cette heure arrêtée au cadran de la montre..."(Louis Aragon).
Il nous arrive souvent de penser que les moments les plus précieux dans notre vie se résument à quelques évènements et qu'ils peuvent rester figés à nos yeux, prenant soudain l'aspect magique des mirages intemporels et à l'évocation desquels nous restons persuadés que le meilleur de ce que nous vécûmes appartient déjà à un passé très lointain...Dés lors, ce qui nous reste à vivre devient de la pure littérature, une façon comme une autre de toujours privilégier le passé et de condamner gratuitement tout ce qui est à venir...C'est une vue de l'esprit qui reste à méditer. Je te remercie pour ce beau poème. Amicalement. Slim.

philipchevalier le vendredi 16 novembre 2012, à 08:03
Pour SLIM :
Oui, ce que tu dis est à méditer une réflexion, à chaud : tu écris "condamner gratuitement tout ce qui est à venir". C'est parce que l'on condamne son propre présent que, "dans la lancée", mais ce mot est inapproprié, on a tendance à condamner notre futur. Et comme tu le soulignes pertinemment, tout cela...."gratuitement" ! Ce n'est peut-être qu'à notre dernier souffle, si nous en avons la lucidité, que nous serons à même de "juger" (là aussi le mot peut sembler inapproprié) si, globalement notre vie a été remplie de plus de Bien ou plus de Mal. Bien et Mal, pour notre vécu ET pour nos propres actes.
Pour le contenu même de tes mots, à mon égard, je me contenterai de reprendre la réponse de mon dernier commentaire : merci pour tes mots si profonds et si vrais, mon ami. Mes plus sincères remerciements que je te fais sont ceux qui figurent sur le commentaire que je t'ai fait sur ton dernier poème que tu m'as dédié. Amitiés sincères. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier

shine le samedi 17 novembre 2012, à 18:31
le silence est vraiment d'or dans ces moments pareils!!!!!
Devant ce beau poème,on restent la a contempler les vers,les lisons et relisons plusieurs fois tellement avoir était captivés par la splendeur de tes écris.....
pardon pour les fautes de conjugaison,je ne suis qu'une apprentie en langue française lol
amitiées shine

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le dimanche 18 novembre 2012, à 09:58
God morgon, Shine. Merci pour tes mots chaleureux. Eh bien si tu as plaisir à lire mes vers, même lorsqu'ils sont tristes, il va falloir, pour tous les ami(e)s du site, que je commence "vraiment" à écrire des vers ensoleillés et plein de joie, si je le peux. Je suis en train de commencer un poème "Vinter". Surprise. Il sera peut être un peu plus lumineux..mais froid. Amitiés. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier

didou le dimanche 18 novembre 2012, à 10:43
---Bonjour philipp, le temps s'arrête sur cet écrit et il recommence à prendre posséssion de nos âmes aux lendemains de nos feux qui crépitent en ces minutes des lendemains enbrasés par les horizons ....
au plaisir de te lire
Amitié didou -
http://www.mespoemes.net/didou

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le dimanche 18 novembre 2012, à 13:21
Merci pour ce si gentil commentaire, didier, dont les quelques mots sont un véritable poème "les lendemains embrasés par les horizons". Amitiés. Philip
(j"ai un petit problème d'Internet, je ne peux ouvrir vos poèmes, sur la liste, mais je peux aller sur mon site et répondre aux coms. Demain je verrai ça tranquillement et pourrai, enfin, lire tes derniers poèmes). Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier

kariane le jeudi 22 novembre 2012, à 18:23
----
j'adore ! Quel poème ! Et l'horloge de Dali ( enfin je ne sais pas si elle est originale ou si c'est une copie) rend sa beauté encore plus présente !
J'adore lae passage: " des oiseaux moqueurs qui ricanent en pleurant, "
Les oiseaux : idée d'intelligence réduite
Qui ricanent : Une intelligence réduite conduit à des moqueries insensées...
En pleurant : Une intelligence réduit conduisant à des moqueries insensées qui ont pour origine, évidemment, un profond mal être très bien caché !

La parfaite définition des moqueurs,
Amitiés !
Kariane

http://www.mespoemes.net/kariane

Agrippa (Thierry Demercastel) le jeudi 22 novembre 2012, à 20:11
Admirable poème ! Merci Philippe

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le vendredi 23 novembre 2012, à 09:37
Pour AGGRIPA :
Merci, cher Thierry. Je crois bien qu'il y avait.......une chaise vide devant moi. Alors, le temps s'est figé, les horloges se sont tues. Les heures passées sont défuntes. Amitiés.
Pour KARIANE :
Ah, belle interprétation au niveau des oiseaux ! Ca doit être tout à fait ça. Bravoooooo ! En psychanalyse on fait le distinguo entre ce qu'on appelle le "contenu manifeste", c'est à dire les mots tels qu'on les projette - apparemment sans réfléchir, au feeling - et le "contenu latent", le plus intéressant, c'est à dire le message subliminal et VRAI derrière les mots. Ton enchainement : intelligence (limitée parce que chancelante) - auto-moquerie - souffrance, est bien vu.
Bon, chère Karianne, ton chemin est tout tracé : bac, études de psycho à la fac, master pro en psychanalyse, ouverture d'un cabinet de psychanalyse ! "Melle Karianne ...... Psychanalyste", gravé sur une belle plaque dorée (ben faut soigner son égo quand même. Lol !). Ca en jette n'est-ce-pas ? Bon, c'était pour rire.
Amitiés à tous et à toutes. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier

scorpionne le vendredi 22 juin 2018, à 11:07

Bonjour Philip,

A l'instar de Lamartine, parfois, on se dit "Ô temps suspends ton vol !" A d'autres moments, on trouve qu'il ne passe pas assez vite. Le temps s'égrène et nous n'avons aucune prise sur lui.

J'ai particulièrement apprécié la première strophe :
"Les horloges défuntes ont arrêté le Temps.
Dans mon âme figée, défile le Passé,
Qui rappelle à mon cœur comment les jours présents
Sont vains sans la couleur de ces instants blessés."

Beau vendredi à toi, cher Philip.
Très amicalement,
Jocelyne

Philip (Jardin de Lune) le samedi 23 juin 2018, à 10:19
Pour JOCELYNE :
Coucou, Jocelyne.
Le poème n'était pas d'une grande gaîté, mais le thème du temps qui passe, l'est-t-il ?
C'est le fameux tableau de Dali, "les montres molles" qui m'avait inspiré ce poème"
En effet, il m'avait donné lieu à quelques belles formules dans mes vers, comme la strophe que tu soulignes.
Merci d'avoir aimé, Jocelyne.
Beau week end et amitiés. Philip

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