Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le lundi 05 novembre 2012, à 08:19 Eh bien, l'on reste toujours dans la poésie, à partir de ces fragments que j'avais notés il y a quelques années sur un carnet, à propos du grand Charles Baudelaire. Réflexions éparses et un petit bout de poème qui trainait, sur le mythe d'Ulysse.
Amitiés à tous et à toutes. Philip.
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domidom le lundi 05 novembre 2012, à 22:39 De très belles réflexions...
Je ne sais plus qui m'a dit un jour, en classique, on ne doit jamais employé dans le même vers, des mots ayant une même racine , et là, dans ce magnifique quatrain, extrait du poème voyage, je constate, au dernier vers , (infini et fini), j'avoue que ça me gène et pourtant, c'est du Baudelaire, donc, de la grande poésie....
Merci de nous avoir rappelé ces réflexions, les relire est toujours un instant de plaisir...
Gros bisous....
Domie... |
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Loïc le mardi 06 novembre 2012, à 01:16 Domie : "Quelqu'un" doit être moi, mais tu te trompes : on peut tout à fait employer des mots de même racine dans un vers, surtout dans ce cas, où ça relève d'un effet de style ; ce qui est mal vu, c'est de faire RIMER deux mots de même racine, parce que c'est considéré facile et paresseux ("temps-printemps", "faire-parfaire"... ou "fini-infini").
Philip : Il n'y a pas de S à "flamme" au premier vers du quatrain cité à la fin. Ça, ç'aurait été une faute de classique que B n'aurait jamais faite !
Quant au reste de ton exposé... le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il confirme que souvent, les grands génies nassent des grands déglingués. Et les grands serial-killers aussi. Baudelaire a eu de la chance.
Etre aussi incroyablement paumé qu'on en arrive à inventer certaines de ces citations délirantes sur les femmes et le sexe (dis donc, tu ne l'as pas gâté avec ta sélection...) est quelque chose qu'on ne souhaiterait pas à son pire ennemi. Mais comme tu le dis, la morale religieuse de l'époque faisait déjà de très lourds dégâts, en plus des traumatismes et échecs personnels évidents dans la rage quasi-enfantine qu'il déploie pour parler des femmes.
Son problème allait même plus loin que les échecs amoureux ou ses recours aux prostituées ; j'ai retrouvé une citation qui concerne un des grands amours de sa vie. Cette femme qu'il adulait a fini par lui céder, et voilà ce à quoi elle a alors droit : "Il y a quelques jours, tu étais une divinité, ce qui est si commode, si beau, si inviolable. Te voilà femme maintenant." Pan.
Il y a des gens qui ne sont jamais contents.
Enfin, quoi qu'on puisse dire de ses mécanismes de protection et de rationnalisation tordus, ça n'enlèvera jamais rien à son talent de poète ; qu'on l'aime ou qu'on le déteste, on est forcément marqué par son écriture viscérale. Elle nous entraîne dans un monde où on n'a pas forcément envie d'habiter, mais qu'il est intéressant de visiter, puisqu'on peut y trouver des fragments de nous peu explorés (surtout à l'époque !).
Amitiés Philip !
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domidom le mardi 06 novembre 2012, à 11:01 Cher Loïc...
Qu'importe d'où me venait cette information, Toi, Imparfait, ou peut être Alto, il semblerait surtout que je n'avais pas compris la nuance, je retiendrai qu'il s'agit uniquement de la rime, comme quoi, on apprend tous les jours quelque chose, c'est bon, le mal est réparé....
Ceci dit, ce n'était pas une critique, se serait bien prétentieux de ma part de critiquer le grand Baudelaire, pourtant, c'est deux mots dans le même vers, me gênent malgré tout...
Merci d'avoir relevé cette erreur et m'en avoir fait part...
Amitiés...
Domie...
http://www.mespoemes.net/domidom |
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Loïc le mardi 06 novembre 2012, à 14:06 Pourquoi prétentieux ? On a déjà parlé des répétitions voulues (sur un de mes poèmes) ; tu as le droit de ne pas aimer, même si c'est de Baudelaire.
Il est Grand par l'expression poétique (il me reste encore à trouver un poème faible à ce niveau, et j'ai essayé !) et par son intensité contagieuse ; il est beaucoup moins grand par ses idées, son hypocrisie et sa lâcheté constante : c'est toujours la faute de quelqu'un d'autre s'il va mal... notamment des femmes, qu'il maltraite et insulte de façon obsessionnelle dans ses poèmes... Il est rare (bien que possible), de trouver un poème de lui où, même quand il est admiratif, les femmes ne se prennent pas une vanne misogyne à un moment donné. C'est l'anti-Victor Hugo, en quelque sorte : Hugo était noble et inattaquable sur ses idées, mais contrairement à ceux de Baudelaire, pas mal de ses poèmes moins connus sont téléphonés ou ennuyeux (cela dit, il en a écrit 20 fois plus que Baudelaire, donc on ne peut pas s'attendre à ce que tout soit bon).
Bises Domie ! |
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oliverjane1950 le mardi 06 novembre 2012, à 20:00 J'ai aussi fait quelques petites recherches sur notre Charles Baudelaire ! Et voici ce qu'il pensait...:
De la sensibilité
Ne méprisez la sensibilité de personne. La sensibilité de chacun, c’est son génie. ( Fusées )
Du progrès
Quoi de plus absurde que le progrès puisque l’homme, comme cela est prouvé par le fait journalier, est toujours semblable et égal à l’homme c'est-à-dire toujours à l’état sauvage !
( Fusées )
Du temps
A chaque minute nous sommes écrasés par l’idée et la sensation du temps. Et il n’y a que deux moyens pour échapper à ce cauchemar, pour l’oublier : le plaisir et le travail.
Le plaisir nous use, le travail nous fortifie. Choisissons. ( Fusées )
De la religion
Quand même Dieu n’existerait pas, la religion serait encore sainte et divine. ( Fusées )
De la mort
J’ai de très sérieuses raisons pour plaindre celui qui n’aime pas la mort. ( Projet de lettre à Jules Janin )
De la solitude
Je n’aime rien tant que d’être seul.
De l’immortalité
La soif insatiable de tout ce qui est au-delà et que révèle la vie, est la preuve la plus vivante de notre immortalité.
De la politique
Je n’ai pas de convictions comme l’entendent les gens de mon siècle, parce que je n’ai pas d’ambition. ( Mon cœur mis à nu. )
De la beauté
Le beau est toujours bizarre… C’est quelque chose d’ardent et de triste. ( Fusées )
De la poésie
La poésie est ce qu’il y a de plus réel, c’est ce qui n’est complètement vrai que dans un autre monde. ( Projet d’article. )
De la nature
Je suis incapable de m’attendrir sur les végétaux…J’ai même toujours pensé qu’il y avait dans la Nature, florissante et rajeunie, quelque chose d’impudent et d’affligeant. ( Lettre à Fernand Desnoyers. )
Des hommes
Il y a de grand parmi les hommes que le poète, le prête, et le soldat. L’homme qui chante, l’homme qui bénit, l’homme qui sacrifie et se sacrifie. ( Mon cœur mis à nu. )
De la vie
Tout enfant, j’ai senti dans mon cœur deux sentiments contradictoires, l’horreur de la vie et l’extase de la vie. ( Mon cœur mis à nu. )
Des gouvernements
C’est toujours le gouvernement précédent qui est responsable des mœurs du suivant, autant qu’un gouvernement puisse être responsable de quoi que ce soit. ( Mon cœur mis à nu. )
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Loïc le mercredi 07 novembre 2012, à 04:34 "De la sensibilité" :
La citation est noble, mais quand celui qui en est à l'origine ne l'applique que quand ça l'arrange, ça la fout mal. La sensibilité des prostituées est aisément massacrée, puisqu'il est bien entendu qu'elles n'en ont pas, ces créatures démoniaques. Mise dans le contexte du personnage, la citation est absolument méprisable.
"Du Progrès" : Impeccable. S'il y a une chose qui n'échappait pas à Baudelaire, c'est le fait que la nature humaine se pare de toutes sortes de peintures sans changer de mur.
"Du temps" : Pas d'opinion personnelle sur cette citation. La perception du temps et de son déroulement est personnelle, inattaquable et donc incontestable...
"De la religion" : Philip n'avait pas fait le tour des bêtises baudelairiennes. La très évidente confusion entre la religion et la foi fait pitié vue avec notre recul moderne, et confirme ce que lui (Philip) signifiait à propos de cette triste époque.
"De la mort" : Très, très intéressant pour son temps. Ils n'avaient pas encore le programme de TF1 pour prouver ce que Baudelaire affirmait. Le sexe et la mort sont ce qui capture le plus efficacement l'attention de l'homo sapiens, et c'est bien naturel, même si ce n'est pas flatteur.
"De la solitude" : entièrement d'accord, bien que ça ne soit pas bien original, même pour son temps. Pourtant, si on en croit ses poèmes, Baudelaire "n'aimait rien tant" qu'être avec des femmes. Dommage qu'il haïssait autant son plaisir.
"De l'Immortalité" : S'il le dit. Evoquer "immortalité" au lieu de "métaphysique" est un choix personnel.
"De la politique" : Baudelaire jouant les poètes maudits au top de sa forme (= je suis un sans-royaume). Cela dit, il faut bien reconnaître qu'il ne mentait pas, et que l'expression politique n'était pas son domaine de prédilection.
"De la beauté" : Subjectif encore, et TRES lié à sa vision obsessionnelle de la femme comme à la fois la source et la corruption de la beauté. Pas besoin de chercher plus loin, au vu de ses poèmes. Beauté = femme, laideur = femme.
"De la poésie" : Bon, la poésie n'est absolument pas plus "vraie" que l'absence de poésie, mais il est clair qu'un talent poétique comme celui de Baudelaire ne passait pas inaperçu même à ses propres yeux. Il a créé son monde pour échapper à l'autre, et la question duquel est le plus réel est bouddhique.
"De la nature" : Les femmes, les femmes, les femmes, les femmes, les femmes, les femmes, les femmes ; on n'en finit pas. Freud se serait amusé sans fin avec "J’ai même toujours pensé qu’il y avait dans la Nature, florissante et rajeunie, quelque chose d’impudent et d’affligeant".
"Des hommes" : Oulà, je vais passer la main. Les catégorisations de la valeur masculine sont bien trop lourdes et à la fois trop complexes pour être discutées en quelques lignes, y compris par Baudelaire. Il n'y a qu'à songer aux fusions potentielles entre le poète et le prêtre, ou le poète et le soldat, ou le prêtre et le soldat. C'est brutal, incomplet, inexact, mais les catégories sont séduisantes.
"De la vie" : C'est tout Baudelaire. Il déteste ce qu'il aime, et il aime ce qu'il déteste aimer. Et c'est surtout pour ça qu'on l'aime (quand il ne se rend pas involontairement trop Pathétique, il est Sublime).
"Des gouvernements" : Difficile de commenter. Ça ne dit rien, finalement : on ne sait pas si le G1 entraîne le G2 à marcher dans ses traces ou au contraire à s'opposer au G1. Mais si on doit l'appliquer à nos gouvernements modernes, il est probable que ce qui est ici évoqué comme l'absence d'influence d'un gouvernement quel qu'il soit, parce que bridé par de plus grandes forces que sa volonté, est une vision très précise de la réalité, bien qu'encore formulée très timidement par rapport à ce qui allait venir !
Amitiés Oliver !
http://www.mespoemes.net/cellox |
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lesprosesdeslim le mercredi 07 novembre 2012, à 21:15 Cher Philip,
je te remercie beaucoup de nous avoir éclairés de nouveau sur la vie tumultueuse de ce grand poète. Parfois très controversé, très souvent aimé, il reste cependant l'incontournable poète de la chair et du sang.
"Et comme le soleil dans son enfer polaire, mon coeur est un bloc rouge et glacé..." (Charles Beaudelaire). Amicalement. Slim. |
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domidom le jeudi 08 novembre 2012, à 11:03 Pour Loïc et Oliver...
J'ai adoré lire vos citations et votre dialogue, cette page ouverte sur la vie de Baudelaire me permet de jeter un regard différent sur ce grand homme, en fait, grâce à vous, j'ai beaucoup appris sur lui, mon ignorance s'en retrouve fortifiée, comme quoi, avec la poésie, on apprend tous les jours et à tout âge. J'ai apprécié ce moment de lecture et reviendrai vous lire avec plus d'attention...
Merci à vous....
Amitiés....Domie... |
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debbie le jeudi 29 mars 2018, à 08:35 Bonjour Philip, Vraiment très intéressantes ces réflexions sur Baudelaire. J'aime beaucoup cette intention de nous le faire découvrir sous ton regard. Je ne m'étais pas trop penchée sur ce qu'il était mais simplement sur sa poésie, comme la culture Canadienne n'explore pas beaucoup les grands poètes en général, J'ai plutôt fait la découverte de ces grands poètes quand je suis arrivée. en France J'ai un livre sur Rimbaud "oeuvres complètes" Sinon pour les autres c'est au travers internet que je les découvre.
Merci pour ce partage Philip !
Amitié
Debbie |
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Philip (Jardin de Lune) le jeudi 29 mars 2018, à 18:41 Pour DEBBIE :
C'était l'époque où les uns les autres, nous alimentions le site avec, pas toujours nos poèmes, mais de petits articles sur les grands poètes.
Je ne connais pas la poésie canadienne (québecquoise ni même anglophone).
Bonn soirée. Amitiés. Philip.
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debbie le jeudi 29 mars 2018, à 21:06 Bonsoir Philip, Je ne connais pas trop qui sont les grands poètes Américains également. Je me suis plus intéressée aux grands poètes une fois en France. Il y avait une poète de langue anglais que j'avais bien aimé si je trouve son poème je te le montrerai.
Bonne soirée à toi
Amitié
Debbie. |
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