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LE FAUBOURG DE LA FOSSE AUX OURS

le mardi 16 octobre 2012, à 09:51. Posté par Philip de Berg


    Traînant sur le faubourg un carnet à la main
    Et dans son cœur si las, le poids des lendemains
    Il contemple sans joie l’agitation du jour,
    Sous le soleil frileux de ses défunts amours

    Tandis que vient chancir le chant morne et lointain
    Des plus vieux souvenirs qui hantent sa raison,
    Comme un fardeau porté, maquillé de dédain
    Le poète perdu fracasse ses frissons.

    Les fiacres alourdis aux soupirs abradants,
    Trimballent leurs humeurs aux pleurs accommodants,
    Tandis qu’il chemine sur le pavé moisi
    Cherchant là une rime ou un refrain choisi

    Ainsi passe le temps, comme un rêve fané,
    Et le poète attend que le matin se meure
    Des clameurs fatiguées, et des refrains fardés,
    Et que gisent les jours, tandis que l’aube pleure.

    Et Baudelaire, rentré chez lui de sa triste promenade dans le faubourg de la Fosse aux Ours, écrivit des vers :
    "Tout l'hiver va rentrer dans mon être : colère,
    Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
    Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
    Mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé."

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commentaires ( 18 ) (Ajouter un commentaire)
philipchevalier le mardi 16 octobre 2012, à 10:09
Ah les amis, franchement, je me sens plus à l'aise en renouant avec ce vieux Paris du XIXème siècle, qu'avec mes horreurs des bas-fonds de New York.
Le Faubourg de la Fosse aux Ours n'a jamais existé, ni à Paris, ni sans doute ailleurs. Je l'ai inventé. Ca vous a un relent des quartiers de Paris racontés par le Victor Hugo des Misérables ou le Eugène Sue des Mystères de Paris. Il y avait bien longtemps (novembre dernier avec mon poème "A la table du poète") que je n'avais pas mis en scène Baudelaire, dans ses pérégrinations parisiennes. Car le poète de mon Faubourg, c'est bien de Baudelaire dont il s'agit, promeneur matinal. "Strandé" dirais-je si je voulais emprunter le vocabulaire de mes écrits américains !! La nuit n'a pas réussi à laver son spleen. Il s'enfonce dans la nuit perpétuelle d'un état mélancoliforme. Le voici, sous un ciel gris d'automne (comme ce matin à Paris), il est tôt, il a son carnet à la main. Aura-t-il l'inspiration pour un nouveau poème ? Je ne puis le dire.
Je vous souhaite bonne lecture, plus joyeuse que mes précédents écrits. Amitiés à tous et à toutes. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier

bluegirl le mardi 16 octobre 2012, à 10:27
mélancolique à souhait, avec ces frissons cheminant sur des humeurs bien sombres, c'est une bien triste mélodie qui accompagne tes vers ce matin,
j'espère que la joie se mèlera à tes soupirs en cette belle (?...) journée d'automne.
bisous Philip

larose le mardi 16 octobre 2012, à 11:38
Bonjour Philip!!!
Si le poète pleure alors je pleure avec lui, un poète doit être celui qui fait rêver, qui chante avec ses mots, qui nous entraîne dans la verte vallée, et qui nous embaume avec des fleurs au firmament!!! LOL!!
Le tien, il est bien triste, c'est un hiver glacial!!! LOL
Merci pour ce beau partage
Bonne journée
Biz

didou le mardi 16 octobre 2012, à 12:55
bonjour philip , le poète et son ame dévastée, ensorcelée, meutrissure du temps, joli texte, et beaucoup de poèsie comme tu sait l'écrire...
amitié didou

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le mardi 16 octobre 2012, à 18:38
Pour BLUEGIRL :
Ne t'en fait pas Lola, la joie a submergé ces soupirs automnal (les soupirs étaient d'ailleurs ceux de Baudelaire, pas les miens). Normal, aujourd'hui fut une BELLE journée d'Automne. Bisous.
Pour ROSE : ben, pleure pas Rose, c'est le Baudelaire de mon poème qui a le blues, pas moi ! Ce matin, il faisait tout gris sur Paris, ce qui m'a inspiré ce poème. Mais dans mon coeur il y a TOUJOURS du soleil. Bisous.
Pour DIDOU : il y a des poèmes écrits par Baudelaire où l'on sent son âme dévastée, son errance. Je l'ai bien imaginé, sortant de sa demeure, sous un ciel triste et gris puis rentrer et quelque temps plus tard écrire un poème plein de "spleen". Amitiés.
Philip.

worrell02 le mardi 16 octobre 2012, à 20:34
L'imagination toujours aussi débordante Philip, ce qui n'est pas pour déplaire!
Bises
Ivy
http://www.mespoemes.net/worrell02

domidom le mardi 16 octobre 2012, à 22:35
Le poète à tous les droits cher Philip, même celui d'être mélancolique....
Je ne sais pas si Baudelaire avait besoin d'avoir un carnet à la main pour construire ses poèmes, ce grand homme avait foi en son inspiration, il pouvait être triste sous le soleil et gai sous la pluie, je pense que l' émotion pour le poète est un don surnaturel....
J'ai adoré la nostalgie de cet écrit...
Bisous...Domie...
http://www.mespoemes.net/domidom

oliverjane1950 le mercredi 17 octobre 2012, à 00:12
Eh oui... même les génies ont des pannes, ils doivent aussi chercher !
Une pointe de mélancolie pour l'écriture serait de coutume chez beaucoup de poètes, une aide soi-disant... Et c'la m'fais penser au bouddhisme qui pour aider à la concentration demande aux fidèles une soupçon de mélancolie... tiens tiens... pas si bête ! Bonne nuit Philip. Oliver

http://www.mespoemes.net/oliverjane1950

José le mercredi 17 octobre 2012, à 08:57
Il flotte comme une malédiction sur le poème, entre ce Paris ancien et crasseux que l'on devine, les conditions climatiques qui semblent maussades et puis ce poète errant, 'fracassant ses frissons' sur ce décor à la belle ambiance désenchantée.
Amitiés.

Dedeye le mercredi 17 octobre 2012, à 09:13
Tout ce qui se fait autour de la poésie même dans la nostalgie, même s'il sait en lui la fuite des nuages, ton poème donne une propre existence. J'ai beaucoup aimé ton poème qui, comme toujours est d'une grande qualité d'écriture.
Toutes mes amitiés cher Philip
André Dauphin

worrell02 le mercredi 17 octobre 2012, à 12:08
Eh bien, on attend de voir les photos du 'romantic rocker'!
Ivy

http://www.mespoemes.net/worrell02

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le mercredi 17 octobre 2012, à 12:24
Pour DOMIE :
Mélancoliques, une grande partie des poètes le sont, et c'est ce qui donne leurs plus belles oeuvres. Euh, comme toi, je ne pense pas qu'un génie comme Baudelaire ait eu besoin d'avoir un carnet pour noter ses idées. Comme au premier vers de mon poème, je n'étais pas sûr que le personnage soit un poète - qui plus est, Baudelaire ! - je lui ai mis un carnet à la main, l'idée m'étant venue que ce pourrait être un carnet de croquis, par exemple. Gros bisous.
Pour IVY : merci pour le compliment. Mais l'imagination est parfois trop débordante, au point de se disperser de tous les côtés. No good ! Bisous.
Pour OLIVER : merci de ta précision sur cette curieuse recette de Bouddhisme Attitude. Je ne dirai jamais assez la richesse des échanges que nous pouvons avoir sur ce site, les uns faisant découvrir des choses aux autres. Amitiés.
Pour JOSE :
Merci d'avoir perçu l'ambiance désenchantée qui ajoute à la sourde désespérance du personnage. Good shot ! You've hit the nail on the head.
Tu as vu qu'il y a volontairement des récurrences sonores dans les mots : "f" dans "Fardeau....fracasse....frissons" ou bien "chancir le chant...". Amitiés José.
Pour DEDEY :
Merci cher André d'avoir apprécié mon poème. Oui, j'essaie de m'attacher à une belle écriture (plus dans sa musicalité que dans les "effroyables" exigences de la poésie classique. Grrrr !). C'est pour cela que je ne dirai jamais assez que mon écrit "Stranded" n'est rien d'autre qu'un exercice de style....loin, bien loin de la belle écriture (mais le pire c'est que je connais des auteurs - renommés - qui écrivent ce genre de choses !!!). Amitiés, André.
Philip.

http://www.mespoemes.net/philipchevalier

belespoirs le mercredi 17 octobre 2012, à 18:39
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http://www.mespoemes.net/belespoirs
"Tout l'hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé."
j'imagine bien Baudelaire écrivant ces vers en déambulant dans les ruelles de Paris au XIX e siècle !
un bien beau poème nostalgique ! Merci
Amitiés

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le jeudi 18 octobre 2012, à 08:35
Pour BELESPOIRS : merci de cette citation de Baudelaire. Grâce à toi, avec ta permission, je modifie mon poème et rajoute cette phrase à la suite de mes vers. Sympa l'interactivité entre notre petite communauté de poètes. Amitiés. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier

belespoirs le jeudi 18 octobre 2012, à 16:53
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http://www.mespoemes.net/belespoirs
c'est une bonne idée ! ce rajout des quelques vers de Baudelaire à la fin de ton poème ! bien joué !
oui je trouve aussi que notre petite communauté est bien sympathique !
amitiés

Loïc le jeudi 18 octobre 2012, à 18:21
Premier truc qui me frappe, cette fois tous tes alexandrins en sont (à part "Cherchant..." qui ne fait que 11 pieds... c'est pas voulu, à mon avis). Enfin je te le dis au cas où tu aurais fait un effort particulier... Il faut bien que quelqu'un le voie, si c'est le cas !

Sinon, j'ai lu les coms ; et, oui, on remarque en effet les assonances rapprochées (comme "fracasse ses frissons"), et également, peut-être, des effets de rythme dans le dernier quatrain (je ne compte pas Baudelaire), avec "temps" qui rime avec "attend", tous deux à la même place à l'intérieur du vers.

A ce propos, si tu veux, tu pourras aller lire un poème que j'ai écrit il y a un bout de temps sur Cellox, "Icebergs Mouvants" : j'avais poussé le masochisme jusqu'à faire rimer non seulement les vers, mais aussi les césures (les 6es pieds) entre elles. Je te dis pas le temps que j'y ai passé ! Plus tard, je l'ai refait une fois avec "Balle Perdue", mais ce dernier est moins bon. Quelqu'un a bien dû le faire avant moi, mais je n'en sais rien. En tous cas, ça donne du rythme.

Quant au fond de ton poème, c'est excellent (ça manque un peu de message, mais tout le boulot et sur l'ambiance et les sons, et on pourra dire exactement les mêmes choses de mon imminent poème sur la mer). Le dernier quatrain est une vraie réussite (pas celui de B, le tien). Absolument splendide, et tu sais qu'avec mon esprit critique ce n'est pas un mot que j'emploie tout le temps.

So long !

http://www.mespoemes.net/cellox

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le samedi 20 octobre 2012, à 22:12
Pour LOÏC :
1/ Hey, buddy, j'ai rajouté "là" au vers commençant par "Cherchant...." et ce coup-ci, bingo, ce sont TOUS des alexandrins. So good !
2/ Assonances rapprochées et effets de rythme, j'adore de temps en temps, ça met en valeur la musicalité du poème (moins poétique, je "me fais pipi dessus" rien qu'en repensant à mon fameux "Manhattan/Monotone/Chante Dylan/Pleure Lennon). Ah, comme je voudrais réitérer l' exploit de Racine, dans Andromaque, quand, à force d'allitérations il fait dire à Oreste qui pète les plombs "Mais qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes", imitant, avec les "s", le sifflement du serpent.
3/Le poème manque un peu de message ? Ben, peut-être parce qu'il est inconsciemment "flatline", le poète se contentant de contempler sans vraiment regarder (ici c'est le voir sans le percevoir) et, immobile et spleeneux, il a la tête dans le brouillard. Par ses yeux, le poème est donc narratif/contemplatif. Tu....."kiffe un max" mon dernier quatrain ? Merci. Mais, chronologiquement il y a un bug. Dans la narration, la matinée est avancée. Il n'est pas 7 heures du mat' en novembre. Donc "l'aube pleure" n'est pas à sa place. Mais, comme fait dire Tim Burton à Ed Wood dans le film éponyme, c'est une "ellipse temporelle".
Bon, je vais de ce pas lire tes "Icebergs mouvants" et "Balles perdues". Amitiés. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier

Anachor le mercredi 20 février 2013, à 16:11
Je ne crois pas que ce poème pourrait convenir à un autre poète que Baudelaire.
C'est bien lui que l'on suit sur ce chemin.
Félicitations Philip
Amitié
Anachor

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