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L’espace d’un instant, il y a comme un blanc. La musique semble s’être arrêtée. La foule aussi. Il ouvre les yeux et les referme. Tout, autour de lui, semble être comme dans un ralenti. L’espace d’un instant, Pip ressent une sorte de panique galopante.
- « Ca déchire, hein ! C’est du best !» lui dit une voix qui vient de sa gauche.
La fille. Il l’avait remarquée dès qu’il s’était dirigé vers le bar. Une grande fille mince, aux cheveux longs, très fins, noirs de geai. Elle était habillée en style gothique des pieds à la tête. Pour la première fois de la soirée, il la regarda de face. Un visage longiligne, un maquillage appuyé, pas vulgaire, qui lui donnait des airs de Vampirella. Elle lui souriait, mais il lui sembla qu’il y avait dans son sourire quelque chose d’ironique et de….compatissant à la fois. Ses lèvres étaient peintes en noir, ce qui accentuait l’ambiguïté de son sourire.
- « Cheers ! » et elle fit tinter son verre contre le sien.
Elle se tenait à ses côtés, droite. Etait-elle familière des lieux ? Elle semblait à l’aise, en tout cas, dans le brouhaha, les décibels et les éclairages flamboyants. Ce n’était pas une pute, comme il aurait pu le penser un instant. D’ailleurs, il n’y avait aucune fille qui racolait dans l’établissement.
Soudain, Pip sembla submergé d’une infinie tristesse, de ces vagues qui viennent de l’intérieur et qui en un rien de temps sont prêtes à vous faire chialer comme un gosse.
Il était dans cet état, lorsqu’il eut l’impression de sentir une main d’une empathique tendresse qui lui pressait le bras. La fille ? Timide de nature, Pip regarda droit devant lui, en direction de la rangée de verres alignés derrière le bar.
La musique un peu techno, un peu trash avait repris d’elle-même, mais il crût que la fille venait soudain de s’adresser à lui :
-« Vous y êtes ! Vous êtes à la bonne place ».
Un frisson violent parcouru l’échine de Pip et soudain, il se sentit glacé, comme si une sueur froide et malsaine courait le long de sa colonne vertébrale. Il tourna légèrement la tête vers la gauche, tout en regardant le mur du bar. A côté des verres, courait un grand miroir, reflétant en les amplifiant, les néons et les spots rouges dont l’éclat dansait une sarabande infernale au rythme de la musique. C’est alors qu’il la vit, dans le miroir. C’était bien la fille qui était à côté de lui. Il lui sembla que son visage marquait un long ricanement accentué par une bouche démesurément large dont il ne lui sembla pas avoir remarqué la grandeur tout à l’heure. Au fond de ses yeux brillait un éclat insoutenable, comme il n’avait jamais vu. Comme des flammes. Et surtout, surtout, l’espace d’une fraction de seconde il crut voir dans la partie supérieure de son front, juste au-dessous des cheveux séparés par une longue raie, deux appendices, comme de petites cornes de chair.
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