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Le testament d'Azathoth (suite 5)

le vendredi 22 juin 2012, à 12:02. Posté par Philip de Berg


    Je me souviens lui avoir brutalement posé la question, au risque de passer pour un esprit irrationnel :
    -« Et la sorcière ? Je veux dire : Rebecca Reed était-elle vraiment une sorcière ? »
    -« Ah, cette fascination pour les sorcières qu’ont les personnes qui aiment se donner des frissons dès qu’il s’agit d'Etrange. L’image du Mal est ailleurs. Bien au-delà des limites ! Bien au-delà même de celles de notre univers connu ! Le problème n’est pas là. Ces gens sont simplement des récepteurs cosmiques. Ils n’ont pas la meilleure place, croyez-moi ».

    Cette discussion avec Abbott Clearwater me revint soudain en mémoire lorsque je débarquais à Dunwich sous un ciel lourd et orageux, tandis que dehors éclatait un oppressant concert des cris stridents d’une nuée d’engoulevents, invisibles à mon regard. L’heure n’était pas encore tardive, mais la luminosité paraissait si étrangement réduite que l’on s’imaginait soudainement aux portes de la nuit.

    J’avais loué une chambre à la Valley Inn, un hôtel vieillot dont l’enseigne figurait, on ne savait pourquoi, deux corbeaux aux regards vaguement menaçants qui donnaient l’impression de vous suivre dès que vous sortiez de l’auberge. J’étais fatigué. J’avais quitté assez tard New Haven, dans le Connecticut. Le Pr Clearwater m’avait demandé de me rendre à la bibliothèque de l’Université afin de consulter et surtout recopier certains chapitres des rarissimes Fragments de G'harne, un document très peu connu, même des meilleurs spécialistes de l’Etrange, et qui serait utile à nos futurs entretiens. Le Dr Amory Carr, conservateur de la Connecticut Library qui m’avait reçu, avait d’ailleurs été très étonné de me voir consulter ce document. Il passait pour un ésotériste émérite, mais je sentais qu’il ne tenait pas à engager la discussion à propos des "Fragments".

    Sitôt installé à l’auberge, je commandais un solide repas. Il y avait très peu d’hôtes étrangers, aussi je devinais bien vite que je faisais l’objet de l’attention des habitants de Dunwich qui venaient là prendre un verre. Je ne sais si c’était une impression de ma part, mais les regards des gens semblaient hostiles à mon encontre. Je n’étais pas seulement l’étranger. Je paraissais surtout être un intrus. Devais-je mettre cette impression sur le coup de la fatigue du voyage ? Mais j’étais presque persuadé que leur attitude s’était radicalisée à partir du moment où j’avais demandé le chemin pour me rendre chez Abbott Clearwater. Leurs conversations, dans un lieu pourtant convivial comme pouvait l’être une auberge, n’étaient que chuchotements, et à plusieurs reprises, j'observais que l’on se taisait lorsque je rapportais mon verre au bar.

    C’est donc avec une impression de malaise que je regagnais ma chambre, mais cependant impatient d’être au lendemain pour rencontrer le vieux professeur. Je n’avais pas vraiment prêté attention au contenu des Fragments de G'harne que j’avais plutôt recopié automatiquement, pressé par le temps. Malgré la fatigue, et cette sensation sourde et diffuse qui ne me quittait pas, je décidais de jeter un œil sur ce que contenaient les documents dont j’avais restitué des extraits, à la demande d’Abbott. A la lecture et même à la relecture de mes notes, j’étais, je dois le dire autant perplexe qu’incrédule…..

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commentaires ( 8 ) (Ajouter un commentaire)
larose le vendredi 22 juin 2012, à 15:37
Bonjour cher poète!!!
Quelle belle plume, magnifique écrit, plus je me mets dans ton histoire, pire que c'est, l'histoire me plaise énormement, je m'imagine entrain de prendre le chemin de ta plume et de voir les personnages, c'est existant et envoûtant!!! J'attends la suite cher ami!!! Merci pour ce partage
Bonne journée
Biz

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le vendredi 22 juin 2012, à 15:43
T'es pas cardiaque, j'espère Rose ! Parce que jusque là, crois-moi, c'est très soft ! Bisous. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier

larose le vendredi 22 juin 2012, à 16:51
Ne t'inquiète pas pour moi, mon coeur tient bon, car j'attends la suite!!!
Bon WE

lesprosesdeslim le vendredi 22 juin 2012, à 19:20
Cher Philip,
j'espère que toi aussi tu tiens bon pour la suite car il te faut de l'énergie pour entretenir un tel suspense. J'aime beaucoup ce que tu nous écris. Amicalement. Slim.

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le vendredi 22 juin 2012, à 19:40
Pour SLIM : c'est un exercice particulièrement stimulant et intellectuellement très intéressant que de bâtir un roman, créer et faire vivre des personnages (auxquels on s'attache, puisque forcément nous en sommes les créateurs). Quant aux lieux où se déroule l'intrigue, c'est comme si on peignait un tableau à chaque scène.....et l'on finit par visualiser le tout.. Quant à l'état psychique des personnages, il est bien évident que pour corser l'intrigue, on pourrait vite penser qu'ils ont en fait basculé dans des psychoses irréversibles (comme hélas, la plupart des psychoses).....mais en fait, ils ont tous leur raison. Mais personne ne veut les croire (ce qui, au passage permet de réfléchir sur cette réflexion que j'avais lue : "le fou est celui qui a tout perdu, sauf la raison" (enfin, cliniquement c'est loin d'être ça !). Voilà pour ces quelques pistes et l'état d'esprit qui a présidé à l'écriture de cette nouvelle. Amitiés, Slim. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier

Loïc le mardi 26 juin 2012, à 19:49
OK, ça s'installe. Bonne ambiance pour l'arrivée, pour l'ambiance et pour le repas. Je crois que Lovecraft aurait plus lourdement insisté sur le côté vieux (en termes d'Histoire) et décrépit (visuellement), mais c'est du beau boulot.

Avec le passage concernant la méfiance des habitants concernant tout ce qui touche à Abbott (ce qu'on peut ajouter à leur refus d'écouter le fou du début), il est maintenant clair qu'ils sont "normaux" (ce n'est pas la population d'Innsmouth, quoi !), et il faudrait peu de choses pour qu'ils finissent par exploser et brûler du païen. A suivre !

Un truc au niveau de la conjugaison : tu confonds l'orthographe du passé simple (-ai) avec l'imparfait (-ais) à la première personne.

-- "je débarquAI à Dunwich", pas "débarquAIS"
-- et dans l'auberge, "je commandai", "je devinai", "j'observai", "je rapportai" doivent être sans S. Le reste est bon, c'est bien de l'imparfait.

Au 6 !

cerise le lundi 23 juin 2014, à 15:55
Coucou Philip,
Me revoilà pour la suite !
Ah la la ton héros n'est pas sorti de l'auberge ...hihi. A sa place j'aurais déjà pris la poudre d'escampette. Il a pas mal de signaux déplaisants. Mais bon, c'est un journaliste... il se doit d'être curieux. Je vais continuer à le suivre, cachée derrière son épaule et bien en sécurité chez moi...sourire.

ttp://www.mespoemes.net/cerise

cerise le lundi 23 juin 2014, à 16:10
Je choisis pour ma part cet espace pour répondre à ton com...sourire.
Je connais Lovecraft de nom seulement, il me semble qu'il trônait dans la bibliothèque familiale, mais je ne me rappelle pas l'avoir lu.
Ce n'est pas mon univers habituel...mais merci, je sais que je pourrais te demander de me recommander un titre si l'envie me venait.
Je m'apprête à commencer un roman dont on dit le plus grand bien : " La horde du contrevent" de Damasio. Peut-être l'as-tu lu ?
Par ailleurs, oui, c'est formidable de pouvoir échanger ainsi autour d'une passion commune. C'est enrichissant et assez stimulant. Et puis les règles de base ici engendrent un climat cordial et courtois très agréable. Le rythme me convient bien aussi. C'est très sympa, amical comme j'aime, sans prises de bec.
Encore merci de m'avoir si bien accueillie.
Très belle fin de journée...sourire
et à bientôt.
Béatrice
http://www.mespoemes.net/cerise

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