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LA BAUGE
Chronique du 16 juillet 2011
Ô, administration, Ô, mère nourricière,
Pourquoi m’as-tu jeté, ainsi, dans la poussière ?
Sous les neiges d’Antan,
Depuis bien trop longtemps,
Notre administration paraissait immobile,
Produisant des décrets souvent indélébiles
Ou bien des arrêtés, difficiles, d’abord,
Qui jettent le lecteur, de bâbord à tribord…
Mais l’administration a fait son analyse
Et a pu constater la lourdeur qui l’enlise…
Elle a donc décidé,
Un jour, de dérider
Toute cette lourdeur qui mine et qui sclérose,
Recherchant un Éden, où fleurissent les roses…
Elle a donc décidé, sous quelque idée habile,
De beaucoup s’ébrouer… pour devenir mobile…
Alors, elle a bougé ses lieux et ses agents
Vers des cieux encombrés, souvent peu engageants…
J’ai tellement bougé
Que j’en reste affligé…
J’ai changé, tant de fois, de bureau ou de site :
Mobilité sans fin, en pénombre illicite…
Et puis, j’ai entendu que l’on criait « Haro »…
Et puis, j’ai échoué… vers mon nouveau bureau…
Et, une fois encore, un changement d’herbage
M’a permis de franchir… un douloureux jambage.
J’arrivais en héros…
Dans mon nouveau bureau…
Mais la vue du local tarit mon enthousiasme,
J’entrai là, suffocant, entre vermine et miasmes ;
Flottait dans ce bureau, l’odeur du rat crevé…
Qui, voulait me meurtrir ? Qui, voulait m’achever ?
L’endroit, hallucinant, étreint de pestilence,
Reflétait des combats de grande violence…
Le sol du cagibi Accueillait des habits,
Des souliers, des objets… perdus… à l’aventure,
Des flots de matériels, de vieilles nourritures.
Je me trouvais alors, dans ce vieux cagibi
Qui dût être peuplé, jadis, par des « Gibis »
Ou par quelques « Shadocks », issus d’un autre monde,
Ayant mis, en ces lieux, leurs empreintes immondes…
Des piles par milliers
Erraient prés des piliers…
Un vieux bouquet de fleurs, sorti d’un cimetière
Achevait de flétrir, au bord d’une litière.
Dans un coin, à l’écart,
Trônaient quelques placards
Servant de fondement à une pyramide,
Coiffée de cartons gris et de vieux linge humide…
Ce fragile édifice, élevé en corbels Paraissait aussi haut que la tour de Babel. Je contournai la tour… d’exil… en contumace, Dans ce Capharnaüm, à l’oppressante masse….
Je restais oppressé…
Je fus même blessé
Par la chute imprévue d’un litron d’orangeade
Que le temps laissait là, comme une galéjade…
Entre les vieux écrans et la boite à outils,
Une truie n’aurait pu retrouver ses petits !
C’était donc mon bureau… issu des jongleries :
Une bauge, innommable… et une porcherie…
Comme tous les gorets,
Un jour, je partirai…
Allant de bauge en bauge, un groin rasant la terre,
Cherchant d’autres bureaux, dans d’autres ministères…
Puis, j’aurai, je le crains, quelque autre détention,
Qui viendra estomper ma belle prétention…
Ainsi, va notre État, dans sa fougue indécente,
Entraînant ses agents… en ballade incessante…
Mais, l’administration,
Menant sa réflexion,
Constatera, plus tard, son irréelle enclise Enclise : nf liaison de sens, assez banale
Et dira, au divan… de la psychanalyse :
« J’ai réformé beaucoup… et j’ai beaucoup bougé… »
« En bougeant chaque jour, je n’ai rien su changer… »
Ainsi, va notre État, en réforme agréable,
Qui bougent ses agents… sur un socle immuable…
Ainsi, va notre État,
Déplaçant de gros tas…
Voyez ce ministère, au nom qui gesticule Voyez-le s’agiter, auprès de monticules…
Ainsi, va notre État, dans toute sa splendeur,
Ratissant en surface… et pas en profondeur…
Ainsi, va notre État, en marche décidée,
Effondré sous le poids de ses propres idées…
Or, sous son lourd habit, trop caparaçonné,
Aucun vrai changement ne sera façonné…
Ô, administration, Ô, mère nourricière,
Pourquoi m’as-tu jeté dans cette souricière ?
© Gérard ANGELIS – Onirisme quantique - juillet 2011
Proverbe : changement d’herbage réjouit les veaux
Jambage : colonne, encadrement de porte…
Cagibi : petit local servant de débarras
Shadocks, Gibis : dessin animé de la télévision des années 70 ; Les shodocks pompaient….
Corbel : encorbellement, surplomb
Babel ou Babil : Babylone – ziggurat haut. 90m
Contumace : En l’absence de l’accusé
Capharnaüm : lieu de désordre et de débauche
Bauge : Lieu de vie des sangliers et des porcs
Caparaçon : Médiéval - ornement protecteur
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