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LA CORRIDA
Ils étaient si nombreux…
Et lui, si valeureux….
…
Le taureau est lâché au centre de l'arène
Sous le regard du roi, sous les yeux de la reine,
Qui vient de se lever.
Ici, on sait combattre avant de savoir lire…
Et les cris de la foule espagnole en délire
Sont là pour le prouver.
On entend des "Viva" : Voila le torero ;
Mais qui, dans ce combat, sortira, en héros ?
Le poids de la souffrance !
Le torero est beau, dans son habit doré
Tel un ange maudit qui va être adoré
Par une arène en transe.
Le taureau, en fonçant, montre toute sa rage ;
Le torero évite, avec un grand courage,
Les coups de l'animal.
La main du torero semble extrêmement sûre,
Quand, par la banderille, elle offre la blessure
Qui met la bête à mal.
Les dames de Ronda prennent leur éventail ;
Les rangs peu éloignés observent les détails
De la lutte finale.
Le taureau, fatigué, s’effondre, agenouillé,
Sur le sable rougi qui va être souillé
Par une mort banale.
Je n’oublierai jamais… ce taureau… à genoux,
Qui implorait la foule… humilié… devant nous…
Alors, le torero porte le coup de grâce ;
Le taureau aujourd'hui, comme ceux de sa race,
N'a pu sauver sa peau.
Sous la chaleur du soir qui demeure accablante,
Les aficionados, dans l'arène sanglante,
Ont jeté leur chapeau…
Tous, ont beaucoup aimé… ce merveilleux spectacle…
Pour moi, l’arène était… un cruel réceptacle.
… Je vois encor ce sable et ses profonds sillons…
… Où coulait tout ce sang, si pur, si vermillon…
Je n’oublierai jamais cette arène sanglante…
Je n’oublierai jamais cette bête oscillante…
Je n’oublierai jamais… ce taureau… à genoux,
Qui implorait la foule… humilié… devant nous…
Je n’oublierai jamais.. l’agonie, insolente…
… et si lente…
… Tout ce sang…
… Indécent…
. . Et toujours la souffrance…
…Toujours, l’indifférence…
Ainsi, vient la nuit noire… et le deuil, qui s’abat…
… Ainsi, va l’être humain, qui aime les combats…
© Gérard ANGELIS 1978
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