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Vieillir
Il y a dans cette faiblesse extrême du corps
La naissance d’un doux désir de visiter ses torts.
Dans ce lent chavirement de l’esprit surmené
De souvenirs anciens, d’images abandonnées,
Dans cette offrande forcée de soi aux autres,
Dans cet étiolement de la volonté de l’apôtre,
Dans cet allongement impatient des dernières années,
Dans cet effritement des parfums du temps surannés,
Dans cette nuit qui sur les yeux tombe,
Dans l’intérieur de cet épais silence,
Et même, alentours, dans ces absences,
Il y a comme un avant goût de tombe,
Une préparation finale au rendez-vous ultime
Qu’il soit juste un point d’une transition
Ou qu’il soit entretien d’acceptation,
Il conduit sur les chemins évités de l’intime
Comme un conte épique ou drolatique qui aurait pour héros « moi non plus »
Il engage à une visitation de ses appétits d’avant,
Un réexamen un peu inquiet de sa geste d’antan,
Vaguement distancié par un conteur qui est encore soi mais qui déjà ne l’ai plus,
Ultime chance offerte à l’homme de relire sa vie pour y découvrir les joies négligés,
Mais aussi pour dénouer tensions, reniements, batailles perdues qu’on relègue
Dans d’obscurs tiroirs de la mémoire, que le temps patient et la souffrance vermeille
Réussissent seuls à rouvrir dans la vigilance tronquée de cette torpeur de mi sommeil,
Qui se fait plus menaçante lorsque la lune parait avoir supplanté, horreur !, le soleil ;
Chacun guette alors dans l’obscurité les loups garous, les criminels,… et ouvrent l’œil
Pour tenter de garder la tête froide et ne pas se laisser emporter par cette folle vague
Et garder le cap sur la vie que l’on a aimée, que l’on aime et que l’on aimera même âgé.
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