|

Sur son clavier, de ses doigts sûrs, experts,
Des semaines, de longs mois, des années
Qu’elle cherchait, durant d’entières soirées,
L’écran ouvert, un ciel un peu plus clair.
Depuis si longtemps elle télégraphiait,
Dans son coin, Robinson de solitude,
Vingt, cent messages, c’était l’habitude,
Tout au bout de la nuit, elle veillait.
D’un mot lointain et voisin à la fois,
Dans le même style codé, baroque,
Ce dialecte typique de l’époque,
L’Autre, virtuel, répondait parfois.
Quand l’échange consentait à pousser
Au-delà d’un soir la correspondance,
Lui semblait renaître son existence,
D'aimer, elle se prenait à rêver.
La réalité, c’était le tonnerre
Au rendez-vous truqué de son espoir,
Devant elle toujours sur le trottoir,
L’amour mort-né finissait sur les pierres.
Ce matin-là, affolée sur la route,
A sa hauteur un jeune homme a stoppé,
Souriant, délicat, l’a dépannée,
Il était bien charmant, sans aucun doute.
Autour d’un café chaud la sympathie
S’est commuée en affection naissante…
Sa sensibilité, sa voix troublante…
D’un cri son cœur clamait que c’était lui !
Un rendez-vous passé au lendemain,
Dans le grand parc faisant face au café…
Cette nuit-là, l’écran resta bloqué
Sur ce visage, tout proche du sien.
Au-dessus du square, où elle planait,
Elle le voyait lui tendre la main,
Sceller enfin pour de bon son destin
D’un je t’aime, sur sa bouche posé.
|