|
Une rencontre avec l'Avarice, au fil de ses parcours - description du monde matériel.
L ' AVARICE
Glaneuse intemporelle
Ainsi vont les instants…
Ainsi passe le Temps…
Au loin, vient une forme,
Absolument difforme…
Avec un sombre habit et un regard anxieux,
Qui scrute vers le sol, en s’éloignant des cieux…
Ainsi vient l’avarice, en glaneuse patiente,
Récoltant quelque épi, dans la rosée brillante…
Ainsi va l’Avarice, avançant sans un bruit,
Pour aller chaparder, au voisin, quelque fruit…
Ainsi va l’Avarice, à l’aspect taciturne,
Entre Mars et Saturne,
Qui marche lentement dans ses grises cothurnes.
Ainsi va l’avarice, entassant ses deniers
Dans des caves sans fonds ou de sombres greniers…
Il était une fois, dans sa terre nourrice,
Un joli citronnier
Qui malgré les bons soins, de sa froide avarice,
Demeurait prisonnier.
Mais son propriétaire, en ne trouvant pas trace
Du plus petit citron,
Finit par lui donner, un jour, le coup de grâce,
En lui coupant le tronc.
Ainsi va l’Avarice, assez peu généreuse,
Ne sachant, du latin, qu’une maxime heureuse,
Commençant par Valor…
Il était une fois un jeune homme fort riche
Qui possédait de l'or ;
Son coeur était mauvais et il restait en friche,
Inculte jusqu'alors.
L'argent l'avait gardé, près de lui, en otage :
Il était désarmé…
Il donnait rarement et régnait sans partage
Sur un monde fermé.
Ainsi va l’Avarice, auprès de son repaire,
Guettant ses ennemis, ses voisins, ses compères,
Sur les chemins venteux…
On a dit qu'une femme aux immenses ressources,
Aux parfums capiteux,
Etait assez semblable à ces craintives sources,
Au flot trop vaniteux.
La peur de s'assécher ou d’être à la dérive,
De sombrer, de mourir,
Quand la chaleur arrive,
Les oblige à tarir…
Ainsi va l’Avarice, à la mine apeurée,
Amaigrie par le jeune, à la taille serrée…
Calculant sans répit…
On dit que certains champs, sur d'excellentes terres,
Eprouvent du dépit,
Laissant aux moissonneurs, qui viennent, solitaires,
Peu de grain dans l'épi.
Et quand l'été finit, la fleur du chrysanthème
S'offre, dans la douleur,
Sur l'autel de l'hiver, qui devient son baptême,
Et pâlit sa couleur.
Ainsi va l’Avarice, en proie à l’insomnie,
Qui, dans un cauchemar, voit la perte infinie
Dévorer son argent,
Comme un rongeur sournois, patient, intransigeant…
Comme un rongeur sournois, patient, intransigeant…
…Ainsi va l’Avarice,
Illustre prédatrice…
Ainsi va l’Avarice, à l’écart des couleurs,
À l’écart des douleurs
Sauf l’unique douleur
D’héberger un voleur…
Ainsi va l’Avarice, en glaneuse vaillante,
Sous la rosée brillante,
Récoltant quelque épi…
Amassant, sans répit…
Ainsi va l’Avarice et sa richesse immense,
Conservant tout le grain, sans donner de semence…
Ainsi va l’Avarice, au sourire abîmé,
Aux habits élimés,
Méchante et sans éthique,
Courbée et pathétique,
Marchant péniblement,
Vers un long châtiment…
Ainsi va l’Avarice, à l’aspect taciturne,
Proche de s’effondrer sous sa propre fortune,
Ainsi va l’Avarice, entre Mars et Saturne…
Qui n’a que six amis :
Six péchés capitaux, séditieux, insoumis…
Au loin, passe une forme,
Absolument difforme…
Et un jour, verra-t-on … morte… au bord d’un plan d’eau,
L’Avarice écrasée ?… Elle aura sur son dos,
Un trop pesant fardeau…
Elle aura sur son dos,
Le poids de sa richesse, absolue, irradiante…
Ainsi va l’Avarice, en habit de mendiante…
Qui porte sur son dos
Un trop pesant fardeau...
Poème basé sur la description du monde matériel (en dualisme Matière / Rayonnement : la matière) ; couleur dominante gris sombre et en superposition virtuelle : or 510 à 512nm ; image inductive : une vieille glaneuse courbée, vêtue de gris.
À mettre en relation avec le poème "L'artiste", qui présente une vision du monde immatériel.
© Gérard ANGELIS juin 2010
|