|
Le Temps et la Sérénissime
♦♦♦
Venise est bien trop belle
Sous ses masques dorés…
Mais les eaux trop rebelles
Voudraient la dévorer…
------------------------------
Venise est sensuelle
------------------------------
Le Temps est un amant
Et l’eau une traîtresse
Dans la foule invisible, une Dame s’approche
Elle garde son masque mais elle ôte sa broche
Elle a un rendez-vous avec un inconnu
Qui lui voue en secret un amour soutenu
Dans la foule invisible un personnage arrive…
D’un grand bateau d’argent, il descend sur la rive
On ne voit que ses yeux, lumineux, éclatants…
Il enlève son masque et dit : « Je suis le Temps ».
La Dame lui répond : « Quand l’Amour s’éternise,
Je me plie à ses lois… Je m’appelle Venise »…
♦♦♦
Venise était trop belle
Sous ses masques dorés…
Et le Temps trop rebelle
Sous ses airs éplorés…
--------------------------------
L’eau est bien trop cruelle
------------------------------
Le Temps était l’Amant
L’Eau était la maîtresse
!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
On dit que sur Venise
Les plaisirs s’éternisent,
Sous les accords des luths
Qui s’égrenent sans but.
§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§!!
La peste a disparu, avec ses corbillards
Et ses sombres cortèges ;
La Cité peut cacher sous un épais brouillard
Le Doge et les stratèges.
Venise va fêter son premier carnaval
Dans la nuit envoutante.
La flotte de Venise abrite vers l’aval
Ses voiles hésitantes.
Les plus belles demeures entrouvent leur portail
Quand le vent les caresse.
Les Dames de la Cour, avec leur éventail,
Écartent leur tristesse.
Les loups chassent en meutes et recouvrent les fronts
De marques sibyllines.
Les ducats en argent répandent, dans les troncs
Des notes cristallines.
Des mains gantées de noir referment des tiroirs,
Sur des lettres secrètes.
Des regards apeurés s’éloignent des miroirs
Pour que le temps s’arrête.
Les coffrets à bijoux, près des glaces sans tain,
Ont des formes étranges :
Les lapis-lazuli côtoient, sur du satin,
Des topazes oranges.
---------------------------------------------------
Quand la Sérénissime, avec le soir venu,
Jette une ombre mystique,
Le soleil vient teinter, de rose soutenu,
Ses dentelles gothiques.
Au bord d’une lagune à la couleur de lait,
Règne l’évanescence ;
Venise, avec le soir, contemple son reflet
Et sa magnificence…
-------------------------------------------------------------------
--- On dit que sur Venise
Un pacte s’organise :
Le Temps part avec l’Eau
Pour forger son complot.
!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
On voit la République avancer à pas lents
Sous le poids des coutumes.
On voit les vénitiens marcher en chancelant
Avec leurs lourds costumes.
Au pied du Campanile, une rose fleurit
Pour des yeux sans visage.
Vers la Place Saint Marc, une rose flétrit
Dans un jardin sans âge.
Quand le pont des Soupirs rejette dans l’oubli
Ses songes romantiques,
Les fleuves déchainés, qui ont quitté leur lit,
Mordent l’Adriatique.
La marée est montée à l’assaut des canaux
Pour frapper les gondoles.
Ses vagues sans pitié, sur le bord des chenaux,
Forment des farandoles.
Venise pourras-tu préserver ta beauté
Face au jour qui retombe ?
Venise pourras-tu dompter l’Eternité,
Qui surveille ta tombe ?
On me dit que Venise
Se meurt et agonise
Engloutie sous les flots
De ses propres sanglots.
----------------------------------------------
Elle avait des habits de marbre trop fragiles
Pour combattre le Temps…
Le Temps est comme un fauve, affamé et agile :
Il vient et il attend...
Il attendait Venise au bout d’un labyrinthe
Sous des cieux embrasés.
Venise, au rendez-vous, accepta son étreinte
Et son dernier baiser.
© Gérard ANGELIS juin 2009 - Onirisme quantique
|