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Que cherches tu en cette immense toile
Où les silences inquiets viennent se nicher,
Que cherches tu, puisque les hommes ont si mal
Quand un monde, ils n’entendent plus chanter.
Nos désastres ici bas se sont ragaillardis
Et là bas, l’horizon affleurant la terre
Ne veut plus de nos vents maudits.
Quel est ce désir qui vient et s’affaire ?
Songes tu aux illusions d’une enfance lointaine
Où tu regardais l’inaccessible à t’en tordre le cou,
Ces oiseaux mystérieux qui, dans le ciel, sans peine,
Atteignaient sans doute les rêves les plus fous.
Que cherches tu, puisqu’il te faut vivre ici bas
Et que là haut tu ne peux demeurer,
Jusqu’à ce jour où tu auras si froid
Et qu’un dernier automne se sera égaré.
Les brumes fragiles, lasses de leurs écueils,
Auront façonné ailleurs leur tragédie
Et tomberont en grand nombre les feuilles
Dans un monde qui n’a jamais rien compris.
Alors peut-être ton âme, d’un sursaut divin,
Atteignant d’improbables beautés célestes
Aura su à son terme guérir ta fin
Dans sa course aux majestueux gestes.
Mais je m’égare et ton âme ne s’agite pas encore,
Elle est lourde de fardeaux singulier
Et, hélas, n’ayant pas d’aile, ton corps,
D’une étrange machine, doit patiemment se contenter.
Que viens tu chercher là haut où rien ne parle
Toi le passager de cet espace sans contrainte
Où l’homme vient se bercer quand il a mal,
Saurais tu, par lui, calmer tes plaintes.
Les hivers se cachent parfois las et fourbus
Et le temps traîne joyeusement sa besogne,
Lentement, curieux, tu montes dans le ciel, suspendu,
Et, pensif, tu n’entends plus la terre qui grogne.
Tout ce qui est en haut t’acclame, ces vieux vents
Qu’un soleil avait fait naître pour qu’ils s’aiment à l’infini,
La lune, encore là, s’attarde au berceau du jour prudent
Et tout, à tes yeux, semble frappé d’insomnie.
Demain, quand les oiseaux de nuit iront se coucher
A l’abri du jour, Lassés de leurs vols nocturnes,
Tu entendras encore ce murmure qui vient façonner
Cette irrésistible envie de n’être là haut qu’une plume .
A toi Vincent, mon cousin, fin pilote d’Ulm.
Ne cherche pas le nom de ces quelques vers,
Ils ont sur leur yeux ce voile qu’un vent n’a pu ôter,
Ils viennent de mon âme où s’est couché l’hiver
Et leurs paupières ne se sont jamais fermées
http://www.youtube.com/watch?v=lDr0-gI_bP8#
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