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Les Fontanelles (Sabine Sicaud)

le mardi 16 septembre 2008, à 10:21. Posté par Marcek


Les Fontanelles

Ce n’est qu’une maison
blanche entre les arbres…

Petites fontaines… Sans doute
Il fut là parmi les reflets
De sources et de ruisselets
Tous ces bruits charmants qu’on se plaît
À rêver le long d’une route.

Grelots clairs, tendres ou follets,
De sources et de ruisselets,
Mousses fines que juin veloute,
Oasis au bord d’une route.

Un coin vert, des arbres en voûte
Et notre âme s’apaise toute.

Vous qui passez vite arrêtant
Vos yeux pleins de fièvre un instant
Sur cette fraîcheur qui repose,
Puissiez-vous entendre longtemps
Ce petit grelot d’un instant
Au lointain de votre âme close…

Deux gouttes d’eau, si peu de chose
Mais cette fraîcheur qui repose.

Les Charmettes, Milly, Nohant,
Noms qui chantent, noms émouvants
Comme un vieux jardin plein de roses;
Le ruisseau du Cayla jasant;
Arnaga, la vasque où se pose
Le soir basque en robe d’argent…

Un vieux banc, l’allée, une rose,
Tout ce qui survit dans les choses!

Vous qui prononcez à mi-voix,
Tendrement, des noms d’autrefois,
Dites, n’est-il un peu leur frère
Ce diminutif où l’on voit
Courir dans les syllabes claires
Les sourcelettes de nos bois?

Fontanelles… petites voix
Qui dans l’ancien temps nous bercèrent.
Sous la menthe et les capillaires
N’est-ce pas le miroir étroit
Où se penchent les « fatsillères »?
Ici vint Françoun la bergère
Ô chansons, chansons de naguère!

Est-ce un parc, est-ce un petit bois?
De la grande route on ne voit
Qu’un bouquet d’arbres si tranquilles!

Un brouillard léger sur la ville
Estompe le rouge des toits –
Et d’être blanche, d’être là
Sous le ciel qu’eût aimé Virgile,
Toute simple, avec cet éclat
Seulement des fleurs que voilà
Parmi de beaux arbres tranquilles,
Cette maison nous est déjà
Quelque chose comme un asile.

Asile que l’on rêve au bout
D’un chemin battu par l’orage,
Halte claire du paysage.

Vert non pas anglais, vert plus doux
Qu’ont les pelouses de chez nous.
Couchants lilas, baignés de roux,
Volets s’ouvrant dans le feuillage.

Vous qui partez, souvenez-vous.
Ce n’est qu’une maison française.
Des livres, les toiles qui plaisent,
Un intérieur aux tons doux,
Du gris, du rose Louis seize,
Une vieille maison française.

De loin, de près, je ne sais d’où,
Puissiez-vous revoir aux jours tristes
Un petit coin vert de chez nous.

Que sa grâce, un peu vous assiste,
Vous qui partez dans le soir triste.

« Les Fontanelles »
Villeneuve-sur-Lot.


Sabine Sicaud




Les "fatsillères" sont nos fées en occitan...

Au château du Cayla,

vivaient Maurice et Eugénie de Guérin, le frère et la soeur, tous deux poètes.

Arnaga évoque bien sûr la magnifique propriété d'Edmond Rostand en pays basque, dont vous pouvez faire la visite irtuelle en suivant ce lien.

http://www.arnaga.com/

Les Charmettes est le nom de la maison habitée par Jean-Jacques Rousseau de 1736 à 1742 dans le vallon des Charmettes, à côté de Chambéry.

Nohant dans le Berry vit passer la "bonne dame", que vous connaissez tous sous le nom de George Sand.

Alphonse de Lamartine, écrivain français du dix-neuvième siècle, né à Mâcon en 1790 au 18 rue des Ursulines, passa son enfance à Milly et fut obligé de vendre cette maison familiale en 1860.

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commentaires ( 3 ) (Ajouter un commentaire)
smr le mardi 16 septembre 2008, à 19:51
simplement simple et magnifique. merci.

Marcek le mardi 16 septembre 2008, à 22:17
Merci d'être passé , Serge !

guy le mardi 23 septembre 2008, à 05:56
Merci Marcek pour les notes en bas du poème.Elles sont fort pertinentes et éclairantes!J'ai pu relire et apprécier davantage ce poème de Sicaud!

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