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Thermidor (Sabine Sicaud)

le lundi 25 août 2008, à 10:00. Posté par Marcek


Thermidor

Des lézards et des chats suis-je la sœur?
D’où me vient cet amour des pierres chaudes
Et de ce plein soleil où rôdent
Comme des taches de rousseur?

Insectes roux, lumière vive
Qui force les yeux à cligner;
Ample été dont on est baigné
Sans qu’un frisson d’air vous arrive!

La pierre brûle sous les doigts. Le sable en feu
Parle d’Afrique à l’herbe sèche.
Une odeur d’encens et de pêche
Parle d’Asie au cèdre bleu.

L’insecte : abeille, moucheron, cétoine,
Puceron fauve, agrion d’or,
Sur chaque brindille s’endort.
Il fait rouge sous les pivoines.

Il fait jaune dans les yeux clairs
Du lézard, mon frère, qui bâille.
Prends garde aux yeux clairs des murailles,
Insecte roux, brun, rouge ou vert!

Et toi, lézard, prends garde aussi… prends garde
Au chat noir qui dort, à l’envers,
Paupière close et poings ouverts,
Une oreille molle en cocarde…

Savons-nous de quoi sont tigrés,
Jaspés, striés, vos regards d’ambre,
Frères dont s’étirent les membres
Sur ma pierre au lichen doré?

Je voudrais que ce soit du soleil en paillettes
Qui flambe seulement dans les petits lacs blonds
De vos yeux somnolents où midi se reflète!

Dans mes yeux qui sont bleus, même un peu gris au fond,
Mes yeux à moi, je sais bien ce que mettent
Les rayons d’un été me traversant le front.

Même les cils rejoints, même faisant de l’ombre
Avec mes doigts serrés devenus transparents,
C’est comme un incendie aux trous d’un rideau sombre!

Tout l’or des joailliers, des princes d’Orient,
Peuple mes yeux fermés d’étoiles qui s’obstinent…

Lézards, mes compagnons, chats dormants qu’hallucine
La ronde du soleil contre le mur ardent,
Me direz-vous jamais ce que voit en dedans
- Ce que voit dans la nuit qui descend en sourdine –
Votre œil clair de chasseurs que juillet hallucine?...

Note : le thermidor correspond au onzième mois du calendrier républicain (19 juillet au 18 août)

(Sabine Sicaud, Poèmes d’enfant, Poitiers, Cahiers de France, 1926)

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commentaires ( 7 ) (Ajouter un commentaire)
Marcek le lundi 25 août 2008, à 10:21
Sabine Sicaud est née à Villeneuve-sur Lot, le 23 février 1913 dans la villa "Solitude, ce microcosme où l'enfant-poète passa les 15 années de sa vie.D'une famille d'érudits,esprits ouverts et cultivés-son père (un intime de Jaurès) était avocat puis Conseiller de préfecture à Montauban,sa mère était journaliste et écrivain- Sabine baigne dans un monde artistique et culturel qui ne peut qu'épanouir encore ses dons d'enfant précoce. Un instituteur érudit venait à la maison instruire les enfants Sicaud (Sabine avait un frère, Claude, de deux ans plus âgé qu'elle.) Dès l'âge de 6 ans, Sabine griffonne des poèmes sur les agendas de son grand-père, médecin, parle aux arbres, aux plantes, aux animaux qui peuplent le beau parc de la "Solitude"Une exceptionnelle sensibilité l'aide à pénétrer l'âme de cette nature et de ces bêtes qui composent son monde enchanté. A moins de 12 ans, en 1924son talent est reconnu et consacré par le " Jasmin d'Argent" concours présidé par Marcel Prévost; en 1925, c'est la récompense de Jeux Floraux, présidés par Anna de Noailles et Jean Richepin.Très douée en dessin, elle adorait aussi le cinéma, une de ses grandes passions.Hélas, la maladie vint brutalement, dans les derniers mois de 1927 briser le destin de cette enfant surdouée.Une blessure au pied qui s'envenime va la plonger dans des souffrances atroces qu'aucun médecin ne pourra soulager...La maladie va lui inspirer des poèmes si poignants, si déchirants, qu'on n'en trouve pas de semblables dans notre littérature.Elle s'éteindra le 12 juillet 1928 dans la villa Solitude qu'elle n'a jamais voulu quitter pour aller se faire soigner ailleurs, où des soins éclairés auraient peut-être pu la sauver...

M.L.Busic le lundi 25 août 2008, à 11:43
Merci Marcek de m'avoir fait découvrir cette enfant poète ... c'est un grand plaisir que de lire ses écrits ...Marie

evy51lou le lundi 25 août 2008, à 14:03
Merci de nous faire entrer dans l'univers de Sabine que je ne connaissais pas .AMITIES

Marcek le lundi 25 août 2008, à 14:54
Un destin d'exception, un génie tout en pureté,vous allez aimer Sabine !

juliette le lundi 25 août 2008, à 17:07
ça chande de ta vulgarité habituelle,c'est suspect!

Dago Laborel le lundi 25 août 2008, à 18:15
Vulgarité ? Il passe beaucoup de choses dans les vers de Marcek, souvent coquines ou érotiques, jamais vulgaires à mon humble avis, et elle a mille fois rison de nous faire découvrir cette poetesse enfant au destin tragique

brigoutte le lundi 25 août 2008, à 18:46
au plaisir de te relire

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