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Lettre à l’enfant
je t’écris à toi, mon ami, mon fidèle et patient ami, pour te raconter mes pensées d’un jour.
ici, comme tu le sais, c’est l’été. l’hiver est déjà bien Loin , et les visages plus altiers.
je sors moins maintenant car la chaleur étouffante m’oppresse, et j’attends
plutôt la fraîcheur du soir pour me raviver un peu. Tu sais ici rien n’a changé,
les habitudes sont toujours les mêmes , les longues promenades qui jadis ne me
lassaient point, aujourd’hui je les écourte un peu. Tu me permettras de parler un peu
de notre passé , de ces lointains jours , où en culotte courte, insouciants, nous faisions des parties de billes , je n’étais pas toujours gagnant, et toi tu riais, riais . Nous avions nos cœurs
d’enfants et le temps pour nous ne signifiait rien ,sous les marronniers où jacassaient
quelques moineaux , nous étions une bande de copains, et les visages lointains ont du mal
a me revenir. Le tien est resté comme un livre ouvert à la page des regrets .
il y a si longtemps que je ne t’ai vu, te rappelles tu quand nous allions à l’embouchure de la Seine ?
de maillot de bain, nous n’en avions pas , alors c’est nus que nous allions dans l’eau.
nous avions douze treize ans et l’insouciance. Il n’y avait jamais de perdant au creux
de notre enfances. Te rappelles tu de cette fille dont nous étions tous amoureux,
oui amoureux !, une demi-douzaine à peu près, à la regarder s’épanouir.
elle était ravissante, et elle me hante encore, moi qui suis presque en automne. Je m’endormais le soir, dans son sourire, sa voix , en espérant la revoir bientôt, et puis comme tu le sais le temps à fait sa besogne , crois tu qu’il est ingrat. Non, pour ma part je ne crois pas ,il nous apporte tant de choses, des joies , des émerveillements ,de l’amour, des jours tristes qui parfois nous rapprochent et font voler en éclats nos tourments. Il nous apporte des naissances quand se font vieux nos os . Pour cela j’attends toujours. Comme tu le sais je n’ai q’un fils et ne peux pas le bousculer mais le temps que j’ai à mes trousses, à lui, je ne peux lui dire d’attendre.
oh ! il comprendra bien un jour, que mes vieux bras s’ennuient et que sa mère se languit d’un petit.
oui, rappelle toi nous étions insouciants, Loin de penser à tout cela, dans ce monde trop grand pour nous.
nous apprenions à fumer des cigarettes , qui s’appelaient p-quatre, souviens toi nos lèvres
barbouillées de « carambars » que l’on essuyait au bas de nos chemises .Maintenant je suis, tu es un monsieur, mais peu importent les blessures du temps, je suis sur que ton cœur comme le mien flotte au dessus de la tristesse, des souvenirs, sans chagrin. Te reverrai je un jour, oh ! je sais, tu est sûrement trop loin , nos âges ne permettent plus de trop longs voyages, et je ne veux pas t’arracher aux tiens.
toi qui es resté au village, je suis sur que rien n’a changé , à part quelques visages sans doute,
mais le cœur du village doit être le même, les cris des enfants pareils aux nôtres, quand nous jouions à la belle saison , et que les hirondelles dans le ciel faisaient des ronds. Souviens toi de nos doigts plein d’encre , qui faisaient crier nos mères, de nos cahiers aux pages cornées , maltraités comme les feuilles morte que l’on bousculait de nos pas. As tu toujours le même sourire, celui qui me rassurait, je le crois, nous étions complices même si nos rêves nous mentaient. Rappelle toi je n’ai jamais cessé d’être avec toi , chaque matin m’apportait la promesse de nouveaux jeux , et nos jeunes vies pleine d’ivresse jamais ne s’essoufflaient. Ecris moi si tu en as le temps, raconte moi le village de notre enfance, celui où nous perdions notre temps quand nos rires s’éternisaient pour des bêtises.
raconte moi ce que tu n’as jamais quitté, moi qui suis parti sans le vouloir.
je t’embrasse tendrement
et mes bras te serrent très fort, d’affection.
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