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AFFREUX VIN
Ah ! j’ai perdu haleine
Quand ce soir là tu vins
Me tourmenter et me donner peine,
Au dernier verre d’un affreux vin.
Tu avais rompu un silence
Presque parfait
Et jeté un vide immense
Aux griffes du jour qui venait.
Au dehors la lune
Semblait se balancer,
Pareille aux plumes,
Par le vent, chahutées.
Au travers de la fenêtre
Je voyais les feuilles frissonner
Sur les branches du hêtre
Que la lune avait enveloppé.
Le portail entrouvert grinçait,
Berçant la nuit pâlissante.
J’entendait ses cris qui montaient
Comme ceux de ma douleur si pesante.
Ma main chargée de détresse
Ne pouvait se joindre à mes lèvres
Et ce vin, comme une caresse,
Guérir ma fièvre.
Je te vis triste et muette,
Venu du pire,
Quand sur ta robe de fleurs violettes
Je devins ton martyre.
Je t’ai vue bien souvent rodée
Comme un sentiment étrange,
Comme ce jour où je te vis emporter
Cet enfant blond comme un ange.
Ah ! puisque tout finit,
Puisque tant de douleurs se sont affrontées
Sur mon pauvre corps meurtri
Pour un fleuve de tristesse et d’éternité,
Tu me donneras ton baiser froid
Qui trahit la douce lumière,
Sur mon front en proie
Et qui désespère.
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