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De tous ces baisers charmants
Elle fut un crépuscule charmant
Peu bavarde, ni gourmande,
Qui, ce soir là, dans un champ,
De ses yeux en amande
Me prit tout ce que j’avais
Enfoui au bas de mon cœur,
Et qui, sur ses lèvres, remontait
Comme de vagues douceurs.
Ses mains repoussant l’instant
D’une étreinte moribonde,
Je vis mille tourments
Aveugler la nuit féconde.
Pas un murmure, seulement une larme,
Dans ses yeux à demi clos,
Qui jaillissait, telle une flamme,
Dans la nuit au noir manteau.
Sur sa bouche voluptueuse
Flânaient d’inlassables soupirs,
Comme des langueurs fiévreuses
Faisant craindre le pire.
Quel tourment l’accable,
Heurtant son impatience,
Quel joyeux diable
Qui d’une berge s’élance
Du plus profond des enfers,
Et de son doigt crochu
Lui montre sans manière
Des plaisirs éperdus.
Et les crépuscules sur leur fin,
Comme des baisers d’où l’on renaît,
Dans ses remords au mauvais teint
Ne savait pas que le sien chancelait.
La blancheur de son front,
D’où s’inspirent d’étranges lunes,
Avait gardé raison
Dans ses desseins en brume.
Et moi, pauvre amant éperdu
Qui, d’une épine douloureuse
Plantée en mon cœur nu,
N’ai su aux nuits frileuses
Lui donner les saisons en bouquet,
Raviver ses mains éprises de froideur
Quand tout son corps muet
Ne regardait que tout ce qui meurt.
De tous ces baisers charmants
J’ai aimé sans peine le premier,
Et sous la lune, la fleur des champs
Dans mon cœur s’est fanée.
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