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Nous avons tant vieilli ensemble
Rappelle toi, nous étions deux enfants.
Autour de nous le monde si vaste et clair,
Nous nous aimions comme la vie aime le temps,
Nous n’avions qu’à nous laisser faire.
Ah ! J’étais beau et toi plus encore,
Les marronniers rajeunissaient chaque année,
Mais j’ai vu sur nos deux corps,
Quelques rides, d’un air affligé.
J’ai eu beau arrêter toutes les pendules
Qui s’agitaient à perdre haleine,
Retenir d’inlassables crépuscules
Pour que nos tristes masures ne soient pas en peine.
Dans tes désirs égarés
Qui cherchaient désespérément un refuge
J’ai vu des ombres te caresser
Et n’ai rien dit de peur que tu me juges.
Oh ! Je rêve parfois de corps purs
Qui n’ont point de visage
Et mes rêves sans injure
Devinent le trépas et restent sages.
Notre temps est passé, et voila,
Comme une fleur séchée dans un livre
Brisant ses pétales en éclats,
Au temps trop ivre.
Mets ta main dans la mienne
Et ne dis rien, le bruit du temps suffit.
Ne regarde pas ce qui nous entraîne,
Regarde seulement le printemps qui refleurit.
J’ai chassé tous nos vieux souvenirs
Imaginant que je te redécouvrais,
Comme tes souliers qui te faisaient souffrir
Mais ça, je le savais.
Allez, va, souris moi encore une fois
Nous n’avons pas encore fini de vieillir,
Regarde mon regard posé sur toi
Qui se retient de mourir.
Je t’ai prise comme un matin unique
Délaissant l’infiniment banal,
J’aurais voulu faire donner toutes les musiques
Quand tu ôtas ton voile.
Nous avons tant vieilli ensemble
Dans l’absurdité du temps égoïste,
Mais je m’en fiche car tu me ressembles
Et nos regards ne sont pas si tristes.
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