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Connaissez-vous la sylve et ses nombreux sentiers,
Où ma rêveuse enfance, en proie au goût sauvage,
Sans mesure abusa des dolents bénitiers;
Mon sort, mon innocence, était de ce voyage.
Après quinze ans d'exil me revient la saveur,
De chaque enchantement, si cher à ma mémoire;
En ce temps-là l'argent n'avait pas de valeur,
Des bois j'étais le roi, sans épouser sa gloire
Et mon premier succès ne fut point écolier,
Enfant, plein de candeur j'admirais la fauvette
Et découvrant son nid, je fus ceint du laurier;
C'est à ce moment-là que je devins poète,
Sans écrire un seul mot, une chaleur en moi
Se consumait sans fin, un souffle romantique
Caressait ma raison, sans l'ombre d'un exploit,
Se jouait dans mon âme un théâtre tragique;
Ma tête s'emplissait d'une aimable bonté,
Avril et ses joyaux, la source et son murmure
Déposaient dans mon cœur l'émouvante beauté
d'un monde merveilleux servit par la nature.
Une muse inspirée étoffait mon chemin,
Éclairait mon flambeau, la fleur savait me plaire
Autant qu'un papillon, sans fuir le genre humain
Je prisais d'être seul sous l'ombre séculaire,
Des géants Franc-Comtois qui d'un âge fameux
Devenaient les héros d'un splendide royaume;
A deux pas de l'orée un ruisseau fabuleux,
D'une exquise musique, aussi belle qu'un psaume
Sur un clavier de soie enchantait le vallon,
Dans ce calme pays épris de solitude,
Au ceint de la forêt régnait le doux frisson,
D'une intime langueur, d'une joie au prélude.
A l'heure solennelle où paresseusement
S’éteignent les sanglots des chants surnuméraires,
En un lieu de pénombre au délice innocent
J'aimerais m'endormir sur un lit de fougères.
Combien il me plairait de m'en aller un soir
Au moment où les fleurs bercent le crépuscule
Voluptueusement, avant qu'il fasse noir,
Partir le cœur en paix sans le moindre scrupule.
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