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Depuis bien des saisons, j'ai troqué mon vieux nid
Pour un autre univers, sans valeur, sans poussière;
Cet antre où je lisais me protégeait aussi
De la vindicte humaine, ainsi de ma lisière,
Suivant d'un œil rêveur les fluences du temps
L'archaïque mansarde embellissait chaque heure,
Sous son drap de silence au bonheur des instants.
"Le souvenir sommeille où ce passé demeure.
C'est dans ce grand vaisseau, voyageant dans les cieux,
Cinglant vers les lointains, que je fis la conquête
De tous les Océans, d'un monde merveilleux.
Comment, naïf enfant ne pas être poète?
En découvrant Perrault, La Fontaine et Rimbaud;
Passager puéril combien je remercie
Cet endroit clair-obscur et ce calme penaud
Préservant mes secrets, respectant mon envie
De tendre solitude, offert à la candeur
De mes chiches quinze ans, qu'une douce atmosphère
Délivrait du banal; malgré l'exquise peur
Des ténébreux recoins, de l'occulte mystère;
Flânant parmi le sort des choses d'autrefois,
De pénétrants parfums emportaient mes fringales,
Mon goût de découvrir, vers d'intimes pavois;
Appréciant le feu d'images bacchanales.
L'esprit précipité, de troublants illustrés
Étendaient leur pouvoir sur toutes mes pensées,
D'acrobates rondeurs, d'aimables voluptés,
Criblaient d'or ma raison, j'imaginais des fées,
D'élégantes Vénus, mon esprit libertin,
D'un tissu de tourment se grisait d'érotisme,
J'affolais ma tendresse, en prenant le chemin
De la beauté des fleurs, loin du puritanisme.
Souvent, il m'arrivais de promener mes yeux,
Vers de poudreux bouquins, à la quête d'un livre,
Au thème énigmatique, au titre précieux,
Pour quérir le régal d'une aventure à vivre.
D’appétant bibelots, au charme désuet
Galvanisaient mes sens, dans cette alcôve obscure,
Goutte à goutte le temps, d'une essence inondait
Les parois de mon cœur, quelque soit l'écriture,
J'éventais des trésors, de même d'anciens plis,
Dont l'encre rappelait, une émouvante histoire;
Celle de mes parents, triomphante jadis,
La marche d'un main sur un linceul ivoire.
Autant de souvenirs, de rêves révolus
Et de pas effacés, mêlant l'or pur d'une âme
A la grotte d'antan; que de moments vécus
Avant que vers le soir ne s'éteigne la flamme.
Revenant à la source, à la plume du geai,
L'automne met à jour, ce que vend la mémoire;
Quand revient le passé, tout être est un buffet
En plus ou bon état, où se lit son histoire.
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