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Le petit mot oublié dans un livre
J’ai ouvert un vieux livre que j’avais acheté
Un beau jour par hasard dans un vide grenier,
Et j’ai eu la surprise d’y trouver en-dedans
Soigneusement plié un petit mot charmant.
Celle à qui se livre avait appartenu
Avait du l’insérer, pour le cacher peut-être,
Ou alors pour marquer simplement le feuillet...
Je n’ai pu m’empêcher de lire cette lettre.
J’étais comme un enfant devant sa friandise,
Je goûtais au plaisir qu’aurait pu éprouver
Un gamin quand il ouvre sa pochette surprise,
Et qu’il va découvrir ce qu’on y a glissé.
Au début, j’avais honte, je crois que la pudeur
Me gênait pour souscrire à cette initiative,
Je ne suis pourtant pas dans le genre voyeur…
Mais je brûlais d’envie d’ouvrir cette missive.
Devant le papier rose, j’étais déjà troublé
Car j’allais pénétrer dans une chose intime,
Mais la curiosité bien sur l’a emporté,
Je voulais tout savoir sur cet être anonyme.
Les doigts un peu tremblants, j’ai déplié la page,
Elle sentait un peu le parfum bon marché,
Ce n’était pas du Dior, donc pas de l’Eau sauvage
Qui avait du servir pour la vaporiser.
La lettre commençait par : ‘’ Bonjour mon chéri ‘’,
De belles roucoulades qui vite se changeaient
En termes érotiques, plus du même acabit
Et des coquineries qui m’ont émoustillé.
L’auteur de ce billet n’était pas très timide,
Il aurait offusqué Madame de Sévigné,
Et il y avait tant de passages torrides
Que Christine Bravo s’en serait délectée.
C’était pas rédigé dans le style eau de rose,
Bien qu’il soit adressé à un Prince charmant
Et pas piqué des vers, on lisait dans sa prose
Des désirs bien précis, des détails croustillants.
Ca sentait la passion, les nuits folles, l’amour fou,
Ca aurait décoincé même les plus frigides,
Elle était fort pressée de lui sauter…au cou,
Je vous raconte pas les passages torrides !
Voilà plus de six mois qu’ils étaient séparés,
Elle lui demandait si il était en manque
Et semblait vivement excitée à l’idée
De pouvoir retrouver ses boules de pétanque.
Le mot se terminait, je n’ose vous le dire
Par un joli dessin qui plus que l’illustrer
M’a laissé deviner à m’en faire rougir
Ce qu’un Kama-Sutra lui avait inspiré.
J’ai refermé ce livre que je n’ai jamais lu
Et puis je l’ai rangé dessus une étagère,
Tout en imaginant que l’illustre inconnue
En laissant ce p’tit mot, l’avait fait pour me plaire.
Je me demande encore, cette idée me poursuit
Qui d’autre a bien pu lire ce texte au charme fou,
Et ai-je été le seul qui en sa compagnie
Soit tombé amoureux de ce billet si doux ?
Claude
Poème de 2016
Illustration musicale :
Régine : ''laissez brûler les p'tits papiers''
https://www.youtube.com/watch?v=Avpppea3jcw
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