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Laisse le vent…
Laisse le vent te dire que pendant les tempêtes,
Il couche les vieux arbres sur la terre mouillée,
Que lorsqu’il s’enhardit, en hurlant à tue-tête
Il siffle sous les portes que l’on a mal fermées.
Dedans on est blottis, dehors les volets claquent,
C’est comme un coup de feu qui passe en coup de vent,
Mais ce n’est qu’une branche qui se tord et qui craque
Comme fait dans le feu, le bois sec d’un sarment.
Lorsque l’hiver arrive, lorsque la tramontane
Se plait à nous offrir son accent Occitan,
Il tourne sur les places en dansant la sardane,
Il lui pousse des ailes en pays Catalan.
Laisse le vent te dire qu’il vient de nulle part,
Qu’il n’a pas de frontières, qu’il n’a pas de pays,
Et qu’il peut simplement par le jeu du hasard
Souffler sans le vouloir ta dernière bougie.
Laisse le vent briser les cimes des montagnes
Et soulever la neige pour les défigurer,
Laisse-le s’affoler et battre la campagne
Quand ses bourrasques claquent, un peu comme des fouets.
Ecoute-le gémir quand il est hors d’haleine,
Et qu’il n’est plus alors qu’un pantin disloqué
Qui demande pardon en regardant le chêne
Que dans sa course folle il a déraciné.
Quand dans un coup de vent, il balaye la plaine,
Il joue avec le flot des pacages herbeux,
Sous son air agité, le cœur des fleurs s’égrène
Et les chemins de terre deviennent poussiéreux.
Laisse le vent trôner quand le roseau s’incline
Qu’il fait sa révérence, là-bas, dans le marais,
Laisse le vent trousser les jupes des collines
D’où sortent les parfums des herbes écrasées.
Laisse le vent polir sur les plages désertes
Les petits grains de sable que la mer a semé,
Laisse-le s’entêter et courir à sa perte
Quand les crêtes des vagues cherchent à le noyer.
Laisse le vent monter jusqu’aux plus hautes sphères,
En lui prêtant les ailes de ton beau cerf-volant,
Mais retiens bien le fil qui le lie à la terre,
Il se pourrait qu’il soit emporté par l’autan*.
Ne t’illusionne pas lorsque le vent faiblit,
C’est un peu de répit, c’est juste passager,
Il finit par s’unir aux gouttes de la pluie
Pour nous rendre plus tristes, pour nous désespérer.
Mais sans savoir pourquoi, brusquement, il se calme,
Et on ne le voit plus soulever les moissons,
C’est à croire que le vent aurait aussi une âme…
Il nous laisse souffler parfois de temps en temps.
Laisse dormir le vent, il s’est tant épuisé,
A pousser les nuages vers d’autres alibis,
A charmer les étoiles qu’il n’a pas pu bouger,
A aider les rivières à sortir de leur lit.
Laisse le vent rêver quand il gonfle ses joues
Pour nous débarrasser de toutes nos misères,
Laisse-le devenir cet alizé si doux
Qui ira jusqu’à toi pour te porter mes vers.
Laisse le vent poser un baiser sur ta bouche,
Sans même la meurtrir, sans même l’assécher,
Laisse-le écraser l’herbe où je te couche
Pour savoir si c’est lui qui me fait frissonner.
Claude
Ecrit le 6 et 7 Septembre 2024
autan* (vent soufflant dans le Sud/Sud Ouest de
la France)
Illustration musicale :
Marcel Amont : ‘’Le chapeau de Mireille’’
https://www.youtube.com/watch?v=xlHHrG2hmPU
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