|
Aux Limites du Lisible et du Dicible.
…..L’Ouvert sans Cause ni Raison ni Verbe ni Signatures, nous offre ses Possibles, nous accomplit et nous défait, Béance d’Ombre aux Limites du Lisible et du Dicible. Cosmogonie de Hasard et de Chaos, déhanchée, inachevée, bancale, hors Mémoire que nous couvrons, Vivants et Mourants, de Conjectures, de Rêves. Le Réel se dérobe en Partie à nos Prises, la Terre s’érode, s’éclipse, disparaîtra…
Brèves Durées au Monde. Brèves Lampes s’allumant, s’éteignant dans la Nuit primitive et vers la Nuit suressentielle de notre Eternité. Tombe, Fosse, Caveau, Trou dont le Silence nous constitue comme Non-Consistants, de toute Eternité dans l’Abandon, la Honte et la Disparition. Dentelle d’Être, Clignotement, Sol mouvant posé sur Rien, Limon, Sable, Poussière, Ombre fugitive des Mondes…
Consciences et Civilisations, Réalité, Temps, Espace et Monde, déniant notre Ombre et notre Boiterie natales, titubent en Quête de Substance, en Quête d’Immuable, de Déité créatrice, de Rédemption, de Glorification de la Nature, Ô Harmonies providentielles, Ô Harmonie future, Retour et Réconciliation ! Divin Plan des Âges, Corps glorieux, Vie éternelle à la Droite de Dieu, Victoire absolue sur le Mal, Parole de Lumière, Lumière sans Ombre des saintes Ecritures !
En Vérité, nous pratiquons un Monde crépusculaire, désespérément abandonné, une Vie lacunaire sans Guide ni Modèle et tout Rêve penche à sa Ruine ! L’Ombre du Négatif ne s’effacera pas, ne s’inversera pas en Bien ni en Beauté, il n’est d’Amour que douloureux, le Paradis est un Enfer, je désespère de toute Quiétude et de toute Lumière. Je ne connais de Chemin que rugueux et Rocaille, de Bienveillance que partielle et d’Amitié que dans l’Eloignement ! L’Hésychasme est un Chant déchiré, l’Humilité un Déguisement de l’Orgueil et l’Univers foisonne d’Etoiles mortes…
Nous sommes des Êtres-à-l’Agonie, -à-la- Disparition, nous appartenons à l’Oubli. Les Tentures et les Soieries chamarrées du Monde ne cachent que la Misère et le Mystère, l’Effroi devant l’Immensité du Vide et l’Enormité du Retrait. Impureté des Corps, Vanité de la Chair, Impuissance de l’Esprit ! Nous sommes des Approximations, notre Parole n’est qu’allusive, une Révélation sans Contenu, des Réponses hors d’Atteinte, à Jamais…
Un Savoir indocte enjoint une Errance infinie en Attente et en Quête de Vérité, Effort, Epuisement relancés d’Âges en Âges, Ô frêles Certitudes dans les Siècles des Siècles, Obscurité à même la Lumière, Plaisirs rapides d’un Instant pour une Eternité de Souffrances ! Ô tanguent les Assises, fuyantes Amarres, Arrachements d’Ancres sur la Houle furieuse du Temps ! Continuités rompues, Espaces désemboîtés, Basculements préfigurant l’ultime Dissemblance !
Aux Limites du Lisible et du Dicible, quel Chant, quelle Voix, quelle Grammaire conviennent si ce n’est déchirés, chaotiques, enroués ? Allure bancale pour les Boiteux que nous sommes, une Esthétique de la Non-Convenance, une Mystique du Chaos, un Messianisme sans Messie, une Texture baroque et d’Outre-Tombe, un Phrasé funéraire de Reliques échouées aux Lisières du Rivage des Morts ?…..
|