|

Le fusillé
Le jour qui se levait déchirait les nuages,
Quand nous avons fait halte près d’un marais bourbeux,
Là ils m’ont attaché comme le veut l’usage
Les mains derrière le dos, le corps droit contre un pieu.
Je me suis présenté la chemise grand’ ouverte,
Pour montrer que la peur nullement m’habitait,
Et puis j’ai regardé à mes pieds l’herbe verte
Que le flot de mon sang allait bientôt tâcher.
Un oiseau est passé au -dessus de ma tête,
Libre de s’envoler, heureux de me narguer,
Je me suis mis à rire, mais d’un rire si bête
Que les hommes perplexes avaient l’air étonné.
Je n’ai pas souhaité qu’on me bande les yeux,
La vie comme la mort, je veux la voir en face,
Profiter de l’instant d’un morceau de ciel bleu,
M’éblouir de soleil avant que je trépasse.
Dans le regard des hommes, pas la moindre faiblesse,
La moindre hésitation, l’approche d’un remord,
Car comme des robots précis dans leur adresse,
Chacun d’eux était prêt à me donner la mort.
Leur doigt sur la gâchette était une menace,
La crosse sur l’épaule, déjà ils me visaient…
Le temps m’a accordé des secondes de grâce
Avant qu’ils n’obéissent à des ordres donnés.
Je n’ai pas souvenir du feu dans ma poitrine,
Des balles dans le cœur qui l’ont fait éclater,
J’ai sursauté je crois jusqu’à que je m’incline
Et que sur mes genoux mon corps soit affaissé.
Dites-moi qui saura qu’on m’a tué ici ?
On m’a pris mes papiers, je suis un anonyme,
Arrêté, torturé, mais dénoncé par qui ?
Peut-être par l’ami qui avait mon estime.
Mais avant de mourir, j’ai pensé à ma mère,
Aux neuf mois dans son ventre où ma vie grandissait,
A Monsieur le curé m’apprenant des prières
Ou même à un bourreau, il fallait pardonner.
L’exécution finie, un homme m’a trainé
Jusqu’au bord d’un grand trou camouflé par la brume,
Et du bout de sa botte, le soldat m’a poussé
Pour me faire tomber dans la fosse commune.
Claude écrit le 1 Janvier 2022
Illustration musicale :
Feu Chatterton : '' L'affiche rouge ''
https://www.youtube.com/watch?v=z1DaJogllx8
|