|

Je ne demande pas l'irréelle fortune,
Ni manoir Tourangeau, pour faire mon bonheur,
Déplorables humains gardez donc votre thune,
Ce futile trésor qui vous gâte le cœur.
Un long chemin de fleurs qui glisserait tranquille,
Chevelure émeraude entre les noisetiers,
Des écus de soleil que la source éparpille
Et cet azur semblable aux charmants bénitiers.
Le cri d'or d'un oiseau parmi les aubépines,
Charmant un vieux terroir, si plein d'humanité,
Angélisant ce lieu de notes argentines,
Récital printanier, d'une folle beauté.
Voila pour moi le teint d'une terre promise,
Les paisible cantons, toujours me font rêver,
Deux fermes, cinq maisons, en son centre une église;
En faut-il beaucoup plus pour pouvoir espérer.
Au riche, je préfère un modeste ébéniste,
Dont les doigts souverains transforment le chevron
En bijou véritable, au trait si réaliste
Qu'il avive les sens, j'aime cette façon
De sublimer le bois, de proposer la grâce,
Cet amour du détail qui toujours correspond
Au mystique plaisir, au geste plein de classe;
Pourvu que l'art soit là, qu'importe le flacon.
Loin de la capitale, au ventre de la France,
On rencontre parfois dans ces coins reculés,
De romantiques gens, pour qui la récompense
Est de vivre en famille entre l'arbre et les blés.
Souvent dans le Morvan, rêveur on se promène
Au cœur de la forêt, sous les arbres là-bas,
A l'ombre de l'orée où la fauvette est reine;
Nous savourons les fleurs, du merle, les galas.
Et nous lisons heureux la Bible de la terre,
Ses abeilles, ses fleurs, ses soyeuses moissons
Et même au bord de l'eau le vol d'une éphémère,
Sans oublier bien sûr, l'archet doux des grillons.
Lorsque le soir, sans bruit dépose sa mantille,
Sur le missel des champs, à l'heure du retour,
Juste entre chien et loup, quand chaque arbre s'habille
D'un ébène manteau, la nuit nous fait sa cour.
La campagne est un livre au contraste sublime,
Comprenez bien cela, pour connaître mon sort.
Ici, la paix côtoie un monde que j'estime,
Auprès des champs de blé, chaque instant vaut de l'or.
|