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CENDRES (VISAGES D'ENFANTS) - Repost

le mercredi 27 mars 2024, à 08:54. Posté par Philip de Berg


    (Bénarès, Uttar Pradesh, Inde)

    Chant de pluie, champ de cendres.
    Mon cœur qui s’ennuie ne saurait se méprendre.
    …………………………………………………………….
    Flagellée par le vent et la morsure du Ciel,
    La Ville s’est parée d’une fade torpeur.
    Et tout près, dans la fagne tourbeuse,
    Où dorment les vieux arbres pourrissants
    Mêlés aux tapis de lotus
    Se trament les destinées obscures.

    Et Diwali * détache sa ferveur quand, dans la nuit vorace
    Hurlent les hyènes aux portes des maisons, et tremblent les
    Sambars* aux agonies fatales.
    Et les flammes tremblotantes des rangolis*,
    N’exaucent ni les hommes ni les dieux.
    Elles ne sont rien d’autres que des aurores perdues,
    Venant du fond des gouffres !

    Et debout sur les premières marches de l’Aube,
    Ses grands yeux fixant un improbable lendemain,
    L’enfant né de la pluie, enfanté par Lune,
    S’éveille. C’est déjà Demain !

    Petit ,
    Sous la flache rude et glacée des entropies barbares
    Mêle à tes larmes un peu de ta mémoire.
    Pour des Après venus des noires ténèbres,
    Qui vont ronger tes jours et consommer tes nuits.

    Et pourtant :
    « Ura mani-mala sarohuna locana »,
    Sur Ta poitrine brille une guirlande de joyaux

    Petit,
    Ta vie sera courte. Alors, suis du regard ces cendres
    Qui s’affolent et montent dans le Ciel rejoindre les aïeux.
    « Ratna mukuta sira socha vimochana »,
    Dans tes yeux est la beauté du Lotus épanoui.
    ………………………….…………………………….……….….…
    L’aube s’est endormie, quand déjà sur le fleuve
    Apaisé par la nuit délavée, s’effacent les visions du cœur.

    (Photo : Philip - enfants de Bénarès)

    https://www.youtube.com/watch?v=D6B4xo6zYdk

    * Diwali est la fête des Lumières en Indes
    * les sambars sont des cervidés (proie des prédateurs et.....des hommes qui cuisinent leur chair)
    * Les rangolis sont des sortes de mandalas, tracés aux seuils des maison.

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commentaires ( 14 ) (Ajouter un commentaire)
Philip (Jardin de Lune) le mercredi 27 mars 2024, à 09:03
Ce poème en prose que je reposte retrace une de mes impressions, poétisée, d'un voyage en Inde qui est resté gravé dans mon coeur et ma mémoire.
Voyage en solitaire pendant 2 semaines, voyage, pourrions-nous dire "ethnologique" pour, juste "voir les hommes vivre" sous une latitude. La misère y est présente, mais pourtant le soleil des sourires est là.
C'est une impression de mon passage à Bénarès, la ville sainte sur le Gange, où je suis resté plusieurs jours.
Je me suis permis de poster cette photo d'enfants. Toutes les expressions de visage, devant l'Etranger souriant que j'étais, devant eux, figure sur cette photo.

imparfaitlibre le mercredi 27 mars 2024, à 11:13
Bonjour Philip,
Un poème qui nous transporte dans ce pays où les paysages semblent être à couper le souffle (celui des étrangers) mais qui nous raconte aussi toute la misère de ceux qui y vivent chaque jour et je pense surtout aux enfants, dont la vie est loin d'être aussi belle et douce dans ces pays comme L'inde, Le Bangladesh, le Pakistan, le Népal, tous ces pays bien loin de notre civilisation où ici, l'enfant est roi!
J'ai regardé avec beaucoup d'émotion le film "Lion", l'histoire de Saroo, cet enfant perdu qui se retrouve égaré dans les coins malfamés de cette grande ville de Calcutta en essayant d'échapper à la traite des enfants et de survivre malgré tout.
Un film, la aussi qui nous monte la vision de « l'étranger » et celle plus lugubre de l'habitant.
Je ne sais pas si tu sais qu'en Inde, les familles préfèrent avoir des garçons et bien souvent abandonnent ou pire, tuent leurs bébés si ce sont des filles car, en plus des frais de mariage, elles sont obligées de verser une dote à la famille de leur gendre et comme la misère gangrène le pays, elles n'ont pas les moyens de verser cette dote alors, pour ne pas garder une fille éternellement, elles préfèrent s'en débarrasser dès la naissance !
D'après les statistiques, il manquerait des millions de femmes en Inde à cause de ces pratiques !
Lorsque nous allons visiter un pays, souvent nous restons ébahis devant la beauté des paysages, le parfum et la couleur des fleurs mais il y a ce « derrière » que nous refusons de voir mais, dans ton poème, on devine aussi ce « derrière » qui fait le quotidien des enfants qui, malgré la misère semblent heureux d'être là.
Merci pour la pudeur de tes mots et pour cette vision à la fois idyllique et touchante de vérité.
Belle journée cher Philip
Bisous à vous deux sans oublier Chupy !!!!!

mariepaule le mercredi 27 mars 2024, à 13:53
Coucou Philip,

Ce poème fait froid au dos, surtout quand on pense que cela devait être terrible pour les enfants et peut-être pire pour les filles qui naissaient...

je ne m'en souvenais plus mais la rigueur de ce temps là, m'a un peu secouée.

Bisous de mon havre de paix


Rachelle le mercredi 27 mars 2024, à 17:50
Philip, sublime poésie, j’aime beaucoup chaque vers de ton poème, et j’adore les deux premières strophes de ton poème, cela ne veut pas dire que je n’aime pas les autres strophes, sinon, c’est très bien écrit, et les deux premières strophes détonent comme l’orage, le vent fougueux qui nourrit le courroux de la mer, merci beaucoup pour ce beau partage poétique et Bravo pour ton beau talent littéraire, et pour ton beau poème, gros bisous d’amitiés de rachelle, ton amie poétesse Rachelle très féminine avec grand plaisir, www mes poemes.net funky571

lucille le mercredi 27 mars 2024, à 22:31
Bonjour Philip
On le voit à travers ton regard, on ne peut ignorer combien tu as été touché par ce voyage en ce pays lointain, là où la vie est fragile. On sent battre le cœur de ce pays à travers tes mots. Ce pays que l’on voudrait soigner, guérir, aimer… et ces enfants que l’ont voudrait cajoler. C’est un écrit touchant, pense-elle, en essuyant une petite larme silencieuse. Après, elle va sortir son dico pour chercher la définition de quelques mots inconnus !

capucine812 le jeudi 28 mars 2024, à 04:44
Bonjour Philippe
Merc pour ce partage i très beau texte et belle photo
Très touchant aussi
Magnifique pays l'Inde à découvrir mais difficile pour y vivre
Amitiés
Maryse

Susan*Coquelicot* le jeudi 28 mars 2024, à 07:25
Coucou Philip
Un poème qui prend aux tripes quand on connait l’histoire et la vie ce peuple ..
Cette photo m’émeut d’avantage, ces visages de petites filles qui finalement ont eu « la chance de vivre » Mais est-ce que c’est une chance ?
Ce voyage était en automne 2003, j’avais un gros problème familial (maman malade et en fin de vie) et de ce fait, il n’était pas possible que j’y aille et au fond de mon cœur, je n’avais pas l’envie !
En voyant toute la misère de ce peuple, je ne crois pas que j’aurais pu admirer les beaux paysages !
Il est vrai que les visages des enfants semblent paisibles ..Ils sont beaux !
Merci pour ce partage poétique.
Gros bisous


Philip (Jardin de Lune) le jeudi 28 mars 2024, à 08:36
@ CAPUCINE :
Bonjour chère Maryse.
Merci d'être passé me lire et me commenter.
Ce texte est né de mes notes - et arrangé à la "sauce poétique", à partir de mon "cahier de voyage" lui même issue de notes que je prenais lors de mon séjour, sur un petit carnet qui ne me quittait jamais. Dès l'arrivée à New Delhi, mes yeux contemplèrent des choses si inconnues pour un occidental, entre les traditions, les religions, la misère aussi, la beauté de certains lieux.
Oui, ce serait difficile pour nous d'y vivre.
Je vais essayer de continuer, en poèmes (accompagné de photos personnelles) ce récit.
Prends soin de toi, Maryse
Amitiés
Philip

Philip (Jardin de Lune) le jeudi 28 mars 2024, à 08:40
@ RACHELLE
Bonjour Rachelle,
Merci d'avoir aimé ce texte (car c'est une sorte de poème en prose).
Je dirai même, un page d'un carnet de voyage
(que j'ai donc écrit, mais en style mi-récit/mi-reportage).
Mais il fallait ici, être plus littéraire.
Bonne journée Rachelle
Avec toutes mes amitiés.

Philip (Jardin de Lune) le jeudi 28 mars 2024, à 08:57
@ MARIE
Coucou Marie,
Poème glaçant ? Oui sous certains aspects bien sûr.
Ce n'était pas mon intention d'écrire un texte qui fait froid dans le dos.
Par exemple, quand on détaille bien la photo que j'ai faite, ces enfants là ne sont pas particulièrement malheureux. Ils sont pauvres, certes, mais vivent leur vie d'enfants simple, avec des rires. Je me souviens, il y avait des rires, rires d'être photographiés (avec leur accord) par cet "étranger".
J'avais appris l'hindi de façon accélérée pendant six mois, pour pouvoir échanger des mots. Pas évident, car l'hindi, langue nationale n'est pas parlée couramment partout en Inde et à Bénarès il y a un dialecte.
Mais les mots principaux - et mon sourire - furent suffisant.
Ces enfants sont partout dans les ruelles de Bénarès. Ils ne mendient pas.
J'ai vu par contre des choses beaucoup plus bouleversantes en Inde, dont je ferai plus tard d'autres poèmes. Mais pour l'heure, il ne s'agit pas d'être toujours glaçant, le monde est bien triste comme ça, même dans notre Occident !
Gros bisous, Marie
Philip

Philip (Jardin de Lune) le jeudi 28 mars 2024, à 09:08
@ SUSAN :
Oui, j'ai fait le voyage seul.
Et, c'était ma volonté, seul, juste billets d'avions, vols de correspondances en Inde et hôtels. Surtout pas un "voyage organisé".
Et dans les villes, un chauffeur de taxi attitré, et chacun me fit connaître des lieux où les touristes ne vont pas. Le taxi c'était environ 18 euros par jour, il me prenait pour chaque journée de 7 h du matin à 20 heures
Me déposait où je voulais et m'attendait le temps qu'il faut, le temps de faire mes balades seules.
L'expérience en solitaire (enfin, en discutant quand même avec les gens) fut introspective, philosophique...)
J'y ai fait des rencontres extraordinaires (la confidente de Ma Amandamyoia, figure spirituelle de l'Inde, dans son ashram à Benares, le plus riche négociant en soie de Benares, le prête du temple Sikh de Delhi et d'autres anonymes...)
Et..tu le sais, je me suis baigné à l'aube dans le Gange, me mêlant aux ablution sacrée au bord du grand fleuve).
Tous les détails, et les centaines de photos, tu les connais....
Bisous.

Philip (Jardin de Lune) le jeudi 28 mars 2024, à 09:19
@ LUCILLE
En effet, j'ai été très touché par cette rencontre avec l'Inde.
J'en devinais les "contours" (pauvreté, climat, religion, spiritualité etc...)
Mais la réalité est mille fois plus forte.
Dès la sortie de l'aéroport de New Delhi (il y a déjà des vaches sacrées à la station de taxi, entre les cabs !). Le premier matin j'allais dans le vieux Delhi et le choc fut total, immense.
Et dans les villes, dont Benares, grandiose, indescriptible, le choc était encore plus grand.
Mais, parasoxalement, l'on s'habitue vite.
Le plus terrible choc fut, dans les deux heures qui précédèrent mon retour à l'aéroport, de voir pour la première fois un pauvre homme mourir à mes pieds, dans la poussière, mourir de faim et de misère.
On ne peut l'oublier.
Mais on ne peut oublier la ferveur de la fête de Diwali (fête des lumiières), les cérémonie rituelles des temples indhouiste, Bénarès et le Gange, les éléphants au milieu de la circulation à Delhi, les grands singes dans les couloirs du métro. Etc..etc..
Les souvenirs de Bali, l'Indonésie, le Sri Lanka Singapour furent différents.
Je comprends ta petite larme silencieuse, elle est touchante.
Prends soin de toi, chère Lucille
Avec toute mon amitié.
Philip

Philip (Jardin de Lune) le jeudi 28 mars 2024, à 09:31
@ IMPARFAITLIBRE
Bonjour Patricia,
Je comprends que toi aussi, bien sûr, tu puisses être émue par ce petit récit-témoignage.
La photo, comme je l'ai écrit plus haut, montre des enfants plutôt joyeux.
Mais en écrivant dans mon poème "Petit, ta vie sera courte !" je pense à d'autres plus malheureux.
J'ai le souvenir d'une petit fille, dont un "oncle" montrait une plaie purulente au genou de l'enfant. La petite n'était pas belle, son visage était tout grêlé.
J'ai donné une liasse de roupies à l'Oncle, avec le doute de savoir ce qu'il allait faire de cet argent, si vraiment il allait acheter des médicaments ou de la nourriture. Mais tant pis. Je l'avais observé, il ne mendiait pas particulièrment.
La pauvre petite avait vu que j'avais donné de l'argent à son parent. Et moi, en hindi très basique, je lui ai dit en souriant "tu es une belle petite fille".
Comment a-t-elle réagi ? La pauvre petite fille, avec l'ébauche d'un diffile sourire m'a fait un salut militaire !
Susan connait bien la photo que j'ai faite.
Bien sûr, cette photo je ne la posterai jamais !
Voilà donc encore un petit bout de témoignage.
J'en ferai peut-être d'autres, avec la même pudeur - lors de prochains poèmes sur l'Inde
Bonne journée Patricia
Gros bisous
Philip

vertflo le jeudi 28 mars 2024, à 22:51
Bonsoir Philip

Il y a des pays comme l'Inde, qui en effet semblent être des pays à deux facettes.
On y voit la beauté des paysages, l'exotisme, le côté zen et méditatif, le sitar qui a des mélodies assez mystérieuses et envoutantes, mais il y a aussi la misère, l'utilisation des femmes et des enfants car c'est une communauté assez ''macho '', enfin c'est ce que je ressent quand je vois des reportages sur ce pays.
Il est certain que tu peux mieux en parler que personne puisque tu y est allé, donc ton poème et ton commentaire fait valeur à mes yeux de la réalité de ce pays.
Perso, mais j'ai certainement tort car il faut être ouvert dans la vie, mais ce n'est pas une destination qui me plairait, d'abord sans faire de politique, parce que les dirigeants indous ne me conviennent pas du tout et que la politique démographique est un vrai foutoir.
Si il y a tant de misères, il ne faut pas se voiler la face, c'est parce qu'il y a trop de naissances, comme en Afrique d'ailleurs.
Nous sommes trop nombreux sur cette planète et c'est pourquoi nous la bousillons complètement.
Après, bien sur dans le sens ''philosophique '' ou tu as fait ce voyage, je comprends parfaitement ton envie de connaitre les gens et de partager réellement leur quotidien.
C'est certainement plus enrichissant et plus objectif que de regarder un reportage sur l'Inde à la télé.
Disons que comme je supporte très mal l'injustice et la misère, je ne supporterai pas d'aller dans ce style d'endroit.
Quoi qu'il en soit, merci pour ce ''reportage'' qui garde à mes yeux toute sa valeur, son authenticité et le message qu'il nous fait passer.
Merci aussi pour les traductions des Indous.
Je te souhaite une bonne fin de soirée
Amicalement
Claude

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