|
Spirales du Désir et de la Mort.
…..Efflorescence, Maturation, Déclin et Mort, ainsi va tout Vivant, son Cycle, sa Spirale, du Mouvement à l’Immobilité, toute Chair, son Cours, sa Montée et sa Pente tragiques. Voici sa Naissance et sa Mort ! La Loi énigmatique de son Errance et de sa Vérité sur la Terre qui se ferme, l’Essence de son Désir duplice ! Eternelles Affirmation et Dormition ! Voici la Lutte à l’Infini des Forces désirantes avec les Forces déclinantes !…
A même Terre, à même Souche, à même Chair s’enracinent, surgissent et périssent et le Vert et le Sec, l’Intact et la Blessure, la Merveille et l’Opaque, l’Effort et la Faiblesse et la Splendeur et la Misère. A même Fond, le Vif, l’Inerte, l’Espace libre de la Promesse et la Fermeture du Tombeau ! Ô Fleurs funèbres des Sépultures qui désignez l’Absence et l’inutile Floraison, le Dérisoire et la Fragilité ! Une Beauté tachée de Noir qui affirme et repousse en Nous la Détresse, la Nuit !
Effrayé et tremblant, je songe aux Fonds obscurs de la Vitalité, aux Viscères palpitantes de l’Âme qui anime la Chair et la Parole et qui les décompose, d’un Mouvement de Désir et de Mort, Spirales indémêlables et inintelligibles. Cris et Appels emmurés dans le Mystère de leur Profération hachée, montent en Moi de la Crypte d’une très ancienne Enfance, à jamais révolue, Vestiges bégayants, Effroi fantasmatique de Perte et d’Abandon, Effroi de Vivre !
Dans la Mémoire et l’Imagination, le Miroir brisé de Moi, s’embrume de l’Enigme du Visage des Autres, les Semblables inaccessibles, voûtés puis soudain dressés en Juges équivoques, Tête penchée et Mains accusatrices, Paroles inquisitives, avec l’Eau sombre dans les Yeux redoutés, désirés : « Qui est là ? », « Que veux-tu ? », « Qui parle en toi de qui de quoi comment ? », « A quelle Fin ? », « Quel est ton Sens ? », « Quelle est ta Langue ? », « Quel est ton Nom ? » et la Spirale des Questions accable en Moi, un être traqué.
Les Années accumulent en Nous les Ombres et le Mystère, déjà, beaucoup d’Amis, le Monde les a quittés, réduits en pâles Souvenirs qu’assiègent les Tourments. Et je découvre en Moi, les Yeux retournés, tombés au Noir sans Fond, l’Homme de Ténèbres, l’Homme cryptique qui interrompt tout Sens et tout Poème, toute Reprise. Les Heures s’égrènent en vain, Automne agonisant, cherchant la Face de l’autre Homme, l’Homme phanique en vain illuminé contre la Mort. Langes et Linceul bornent notre Existence.
Une Demande impossible ensable Bouches et Langues, une Supplication de Soi, excessive et grotesque vers les Vivants Errants, vers les Défunts qui ne savent plus et qui ne parlent pas. Que nous soyons enfin libérés de la Naissance et de la Mort, tel est, peut-être, le Souhait le plus haut, caché sous la Parole. Ô ne pas être né ! Ô s’endormir, lové au Manteau d’un Sommeil suave et soyeux comme Endymion et pour l’Eternité ! Et qu’au moins, si Vivre nous échoit, la Douleur, la Souffrance et la Perte nous soient, dans un Savoir et un Agir même troués de Manques, relevées, transfigurées au Chant des Oeuvres !
Affrontement, Abolition, Ô Spirales entrelacées du Désir et de la Mort, tel est le Sort, tel est le Lot d’Humanité !…..
|