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Le pèlerin
Le pied s’avance, tant bien que mal, le reste du corps suit.
La main s’accroche en hauteur ou s’élance guidée par le bâton de nuit.
L’asphalte est marée noire, les arbres s’enorgueillissent de leur fraicheur .
Les fleurs semées ici et là, font jardinières sur le bord de la route.
Si tu t’arrêtes, la mécanique se grippe et tu repars au ralenti, dans la douleur.
Il faut endurer dans la lenteur, jusqu’à l’arrivée de la fluidité de l’échauffement,
Jusqu’à oublier la souffrance pour réapprendre son corps dans la douceur.
Le chemin creux ourlé de pierres et de taillis sombres te prend d’enlacement.
Le paysage souverain et les riverains discrets ou diserts rappellent ta mission.
Le temps d’un regard ou d’une conversation, tous partagent cette même vision :
Conversion des âmes sous l’écrasement, qui nous rend pitoyables, de la chaleur.
Il n’est jusqu’aux taons et aux chenilles noires qui ne soient pris de cette torpeur.
Le soleil glisse sur l’encolure des vaches, tigres du Bengale,
Vol lourd des vautours, qui par centaine noircissent le ciel.
Tout le bleu est ombre et tout le vert des montagnes est bleu :
Inversion des valeurs, tout se trouble, même les heures.
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