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N’oubliez pas l’Ukraine
N’oubliez pas surtout l’Ukraine !
Même les pâquerettes en portent le deuil
Au raz-de-terre ou en pleine mer, écueils
De ces fosses trop communes.
Pétales épars des glycines, fatiguées des armes,
Plus vulnérables que la cendre des cercueils
S’éreintent dans le vent chaud de la canaille.
Le sang des incendies desséchent nos larmes !
Où sont les cieux si bleus et les champs si dorés ?
Enterrés sous la boue des villes écrasées,
Des troupes épuisées et des peuples martyrisés.
Il faut vivre pourtant et boire et manger du serpolet et des pissenlits déjà défleuris !
Qui n’a trempé dans son bol, l’ortie et sa feuille
Ou suinté du chant des oiseaux mêlé au cerfeuil ?
A quoi donc sert de demander
L’attention distraite de l’oreille,
Qui oublie le miel et l’abeille,
Si c’est pour toujours quémander ?
Laissez là mon linceul d’encre noir,
Qui ne vous retint que le temps d’un soir.
L’esprit en paix comme ces brebis
Qu’on invitait à la Paix dans le mouroir,
Je vous laisse dormir comme un loir.
Le temps hasardeux file à la Loire
Et fait mine de n’avoir peur du noir.
Paresseux, il s’étire et déjà en rit !
Les secours peuvent attendre.
Les êtres sont sages une fois morts.
De ces contrées, Dieu est si loin,
Il n’y a pas lieu d’en faire un foin.
N’oubliez pas l’Ukraine
Ou c’est le Ciel qui vous oubliera
Quand vous serez nu(e)s et errant(e)s sur les chemins !
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