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Si encore aujourd'hui je feuillettes le temps,
Surtout ne riez pas, c'est qu'un lien symbolique
Arraisonne mon cœur, à mes tendres printemps;
Ce ruban de jeunesse au teint mélancolique
Est une rose blanche au milieu des œillets.
Sur le flanc du rocher se saborde la source,
Le temps passe impassible en gardant ses secrets;
L'eau s'ensommeille avant de reprendre sa course.
J'aime venir au bois pour mirer son miroir,
A l'heure ou le hibou signe le crépuscule
D'un silencieux vol, je rêve de revoir,
La France de jadis. quand le passé module,
Avec le rossignol et le frisson des blés,
C'est le chant du bonheur que mon âme interroge,
Alors renaît le feu des rêves envolés;
Manque-t-il une aiguille au cadran de l'horloge?
Ni l'appel de la cloche encore moins le vent
Ne redonne au présent l'irremplaçable baume
Que caressait la vie avec le foin d'antan,
Quand le terroir était un véritable psaume.
Le livre de ce temps est un roman d'amour,
Toute une écharpe d'or sur le Doubs étincelle,
Chaque arbre étend les bras pour accueillir le jour.
A ces chromos d'hier ma mémoire est fidèle.
Bien une heure déjà que deux pêcheurs, en vain
Taquinent les barbeaux, à défaut la friture;
Moi, sage admirateur, je suivais le chemin
De mon humble bouchon, guettant son aventure.
Mon père quant à lui savamment amorçait,
J'ai souvenir aussi d'une douceur de vivre,
De la paix de l'été, que le merle chantait,
Je buvais les senteurs dont mon cœur était ivre.
L'air embaumait le foin du terroir fabuleux,
Sous un soleil de plomb l'été caniculaire
Invitait le bétail sous le couvert ombreux,
Faisant des bords du Doubs un endroit salutaire.
Je me revois assis sur les pâles galets,
A l'ombre végétale en cette verte église,
La plaisante langueur angélisait le dais
Du verdoyant abri, que caressait la brise.
Dix lustres sont passés, sur ce jardin en fleur,
Si mon père n'est plus visible sur la rive
Son image est bien là sur le mur de mon cœur,
C'est à lui que s'adresse en premier ma missive.
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