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C'est dans un coin perdu de notre douce France,
Entre Suisse et Bourgogne, à deux pas de Belfort,
En l'an soixante-trois de par la conséquence
Qu'en juin je vis le jour , voila pour mon essor.
Ceinturé par le Doubs, au pied d'un mont modeste,
Bavans n'est pas connu comme Rocamadour
Où même Saint-Tropez, rien ici n'est céleste;
Pourtant son vieux clocher, son école et sa cour
Sont gravés dans mon cœur, si profond que j'en garde
Un inconditionnel amour, d'autant plus vif,
D'autant plus éloquent que cette terre darde
Un firmament passé dont je reste captif.
J'ai connu le bonheur dans ce trou de verdure,
Mais aussi le chagrin, aucun autre bourdon
N'arrive à m'émouvoir d'une telle césure,
Avec autant de force; a ce lieu se confond
La fleur de ma jeunesse, au parfum si vivace,
Qu'il imprègne mon cœur d'un bouquet de foin mûr
Où l'empreinte du temps sur le chemin s'efface.
Entre deux côteaux verts s'écoule un ruisseau pur,
Celui qui vit souvent mes premiers pas de gosse,
Bavans en ce temps là, serti dans son écrin
Brillait d'une saveur, dont aujourd'hui se gausse
Le commun des mortels. comme un miroir sans tain
Cette époque à jamais, séjournera dans l'ombre,
Vers l'idéal pays du terroir Franc-Comtois
Où trempe le régal de souvenirs en nombre,
Ainsi que la tristesse aux émouvantes croix.
Ne reste de ce temps que l'eau d'une fontaine,
Le palabre présent d'un siècle malheureux,
Qu'une aube éclaire encore en caressant le chêne
Où sont gravés les noms d'un couple d'amoureux.
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