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La Montagne d’en Face.
…..Je gravis, une nouvelle Fois, péniblement, le dur Chemin de Rocaille qui s’élève des Bords de Loire vers le Village, contournant cette Eminence de Basalte, cette Hauteur sauvage et broussailleuse qui me surprend, une nouvelle Fois, de sa Splendeur végétale et pierreuse où mon Regard se pose, frémissant et saisi. Et je m’arrête, une nouvelle Fois, la nommant en Silence : la Montagne d’en Face…
Sidération du Coeur et de la Vue, Montée du Fond des Souvenirs, Poèmes arrachés à l’Oubli : la Montagne d’en Face, tant de Fois regardée, tant de Fois obstinément scrutée, perçue, imaginée, représentée mentalement comme le fut, sans Doute, la Sainte-Victoire par Cézanne. La Montagne d’en Face : sa Masse impénétrable, cette Pyramide sans Âge, Amas rocheux, bruissant Mystère de Formes stratifiées, Bloc de Lave immémoriale et pétrifiée, immobile Monument de Matière, Là, frémissant de Couleurs scintillantes et mates, de Pins, d’Erables et de Chênes étagés vers l’Acmé minérale de son Sommet dénudé...Un Moment du Sacré, de la grande Enigme géologique, du Coeur sauvage de la Terre ?…
La Montagne d’en Face : Somme infinie des Regards portés sur Elle, des Emois suscités, des Paroles et des Silences corrélés à son Être, en deçà ou au-delà du Pensable et du Sentir, Présence très ancienne, Trace et Vestige géologiques des Soubresauts gigantesques des Volcans, Ô Millions d’Années ! Me Voici au plus près d’Elle : Accueil, Recueillement s’imposent, un Eblouissement devant son insaisissable Splendeur et parfois la Montagne sécrète une Emanation d’Inconnu, une étrange Fragrance venues de sa Légèreté et de sa Pesanteur, venues de ce quasi-Contact qui nous retient captifs et nous transforme, tout à la Fois vus et voyants, touchés et touchants, qui nous intime un Respect d’ancestrale Mémoire, une Mémoire d’avant l’Humanité, d’avant l’Avant de toute Vie…
Un Lieu, ici, se donne et se soustrait et nous accorde et nous disjoint dans cet étrange Maintenant, dans sa Puissance silencieuse, fait de Nous des Témoins de son Evénement, de son Apparition prodigieuse, Témoins de l’Emergence du Manifeste, de l’Evidence que l’Etant « est », Epreuve de la Merveille d’Être et d’exhiber les Preuves, les Signes, sans Raison autre qu’eux-mêmes, de l’Exister et de la Co-Présence, Surprise et Rencontre absolues, nous assistons, passifs et actifs, à l’impossible Accès du Tréfonds de son Mystère en Acte : la Montagne d’en Face…
Je remonte du Dit au Diseur, du Regardé au Regardant et de l’Un à l’Autre, des Liens se sont tissés, croisés en un Va-et-Vient incessant et je m’éprouve simultanément uni et séparé, avec cette Présence massive, terrestre et aérienne, fruit d’une Parenté ontologique, d’une Inséparation plus profonde, inscrutable, indubitable entre le Percevant et le Perçu. Aigles et Corbeaux tournoient de la Forêt vers le Sommet de la Montagne, des Cris parviennent, des Froissements d’Ailes. Quel Vocable, quel Non-Dire, quelle Image déployer pour traverser ce Roc vers l’Epiphanie de son Sens, sa Vérité absolue : la Montagne d’en Face ?…..
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