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Du miel de notre enfance il nous reste l'image,
D'un vol de papillons autour de blancs rosiers
Ou la douceur d'un mot qui rappelle un visage,
On y cherche l'éclat de nos plaisirs premiers.
Le bonheur il est là dans un coffre d'ébène
Où sommeille un passé tellement savoureux
Qu'il fait tâche souvent à côté de la peine.
L'ordinaire commun c'était nos jours heureux;
Le souvenir demeure une barque paisible,
D'un voyage immobile au pays des saveurs.
Comme le son grisant d'une corde sensible,
L'enfant est un poète en recherche, d'ailleurs.
Pour écrire ces vers je verse l'eau bénite,
En pensant à tous ceux qui dorment sous la croix,
Sur ma terre natale, une larme m'invite
A reprendre aujourd'hui les chemins d'autrefois.
De ces bonheurs passés, que dorait la fontaine
Au centre de Bavans, il reste la douceur,
De ces petits plaisirs, que la langueur promène
Vers les beaux monuments que préserve le cœur;
Tel les hauts de bel air au temps des grandes herbes,
Ou l'heure des moissons, des grands épis dorés,
Au moment où l'été s'imprégnait de ses verbes,
Sous la nef des sous-bois où flottaient les clartés:
Au théâtre des fleurs, d'innocentes abeilles
De leurs ailes d'or pur angélisait ces lieux.
Même la source au bois se couvrait de merveilles.
Gamin en mal d'amour je croyais voir les Cieux.
Mais les reines du bal étaient les hirondelles,
En signant dans l'azur, délice et volupté
Avec des lettres d'or, leurs ailes de dentelles,
Au livre incandescent exaltait le sacré.
Cette époque est passée et la flamme chancelle,
Dans son nid de regret l'adulte chaque jour
Ranime le foyer de l'enfance éternelle
Et croit la retrouvé dans les bras de l'amour.
Quand l'âme est une abeille au jardin de la vie,
Il faut être fidèle aux fleurs de son destin,
C'est bien comme cela que la peine s'oublie
Et que renaît ce temps qui n'était que divin.
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