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Un mal mélancolique où pleure mon silence
Se console en rêvant des ombres du passé,
En remontant le cours bleu du temps, je repense
Aux roses de l'enfance, au bonheur effacé,
Au temps où j'effeuillais la blanche marguerite;
Au feu de ces beaux jours me revient le foin blond,
Les noisettes, les nids que mon cœur ressuscite,
Et le joli ruisseau que je passe d'un bond.
Pour lire le roman sur une page ivoire,
A l'âge ou l'aubépine émerveille les yeux.
Je rêvais aux douceurs, d'une première histoire;
Pour chaque robe au vent, j'imaginais les Cieux.
Ce gamin que j'étais il n'en reste de trace,
Sinon quelques photos dans un antique album;
Le cycle quotidien que la distance efface
il est vrai que l'adulte en garde un minimum.
Pourtant quand le soleil, à la source chatoie
Renaît des vieux tableaux, les merveilles d'antan,
C'est au bras du passé que notre âme flamboie
En prolongeant le sort au moulin du bon temps.
Sans être enfant choyé, ni nanti par la chance,
J'ai quand même en mémoire un émouvant chemin,
Qui menait à l'école, à l'aube des vacances;
Vers une âme importante, un fil pour mon destin.
Celle qui m'apporta l'aile de son estime
Par son digne savoir, l'amour de son devoir,
Ce que son cœur m'offrit pour moi fut légitime,
Le goût pour notre langue et son vaste pouvoir.
Cette éminente dame, auguste institutrice
J'aimerais la revoir pour lui dire merci
D'avoir semé en moi, l'essence inspiratrice,
Qui transmet à mes vers, à mes mots, de l'esprit.
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