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Songeries sur le Vivant-Mourant.
…..De quelle Nuit ténébreuse et féconde, de quelle monstrueuse Gestation inscrutable avons-nous été arrachés, délivrés, projetés, Chacun et Tous, du même Fond obscur, de quel Soleil majeur et surpuissant sommes-nous les Enfants éblouis, égarés, de quel Hasard méconnaissable, Fils et Filles de la Terre et des Lointains, de quel Néant d’Être antérieur infiniment puisés, issus, solitaires singuliers et semblables que hante l’Origine, que la Destination fascine ? De quel Jadis interdit au Connaître, de quelle gigantesque Chimie solaire, terreuse, océanique et venteuse s’auto-organisant de Sang, de Chair et d’Os, de quelles Cavernes oraculaires, de quelles Sources bouillonnantes, de quel Fleuve immense des Morts charriant Alluvions et Débris de l’Hominisation, de quels Limons fertiles et funéraires des Civilisations, quel Assemblage, quelle Décomposition souterraine des Corps, de quel Lointain inaugural ou éternel, Visages et Silhouettes incertains émanent-ils, hors Raison, hors Sens, hors Plan divin des Âges, hors Compréhension ?
Corps et Parole s’entrappartiennent, du Sang pulsant au Souffle signifiant, échangent leur propre Enigme, Vivant-Mourant, leurs propres Doutes et le Mystère de leur Questionnement sans Fin, fascinés, extatiques du Dedans au Dehors, dans la Fragmentation de leur Miroir. L’Hétérogène les écartèle dans l’Obscur de leur Unité dissociée et dans le Tremblement de leur Identité, de leur Occultation originelle. Frontières poreuses, indéfinies entre le Vouloir-Être et la Mort, entre Palpitation et Immobilité funèbre, entre Certitude de Soi et Brume d’Inconnaissance. Sous le Tartre des Jours et le Fard épais des Consciences, se veut, s’affirme, croupit la Chair faillible et désirante, l’universel Devenir, le Périr des Idylles et des Triomphes éphémères, des Voluptés profondes, capiteuses, maladives, des Energies en Berne, étend les taches de son Chancre sous les Interruptions de l’Horreur-même, l’Impatience et le Fugace, l’Attirance et la Répulsion des Passions, attend et précipite le Désentravement du Vivant vers l’Eternité de la Mort…
De quelle Loi sans Loi, sans Fondement, de quel Evénement titanesque, de quel Avènement de fin Silence surgirent, surgissent Songeries et Questions du Fond sans Fond sur le Vivant-Parlant-Mourant, de quelle Déchirure, de quel Ecart chaque Epoque tente et tenta de suturer la Plaie et de cacher la Brèche toujours renouvelée et la Fissuration par des Réponses essentielles et des Figures hégémoniques ? Mythes premiers, Ciel des Idées, Dieux des Polythéismes, Dieu du Monothéisme, Raison, Volonté, Matière, Science, Être, Différence...Et désormais semblent rompues toutes Hégémonies, tous les Ancrages déracinés, toutes Identités flottantes, tous Principes anarchiques, le Sol nous manque, manque la Fondation. Dans le Maintenant d’Aujourd’hui, des Cendres de l’Unité calcinée, ne restent plus que les Vestiges, les Diamants brisés de l’Epars, Paroles basses et nostalgiques, désertées d’un Sens qui cherchait le Plus Haut et la Sphère du Tout. L’Ombre du Désenchantement s’étend, en toutes Choses, toute Lumière, l’Obscur insiste, persiste, demeure et le Soleil aussi se consume.
Vivants-Parlants-Mourants, un Moi, un Toi, un Nous, un ça, nous relient d’une même Corporéité du Mouvant à l’Inerte et nous séparent inexorablement. Plaisir et Déplaisir, Amour et Haine, l’Abject et le Sublime s’enracinent et se mêlent conflictuellement au Puisard des Pulsions et dans les Battements caverneux du Sang pulsant. De quel Point de Départ se prévaloir si tout Être est dès l’Abord scindé et le Monde lui-même, kaléidoscopique ? Quelle sera la Légitimité et quel le Sol irrécusable de nos Savoirs, de notre Agir si nous différons de Nous-Mêmes, si nos Visages, nos Silhouettes et nos Intimités sont indéfinissables ? En sommes-nous venus à l’Âge versatile de la Pluralité sans Fin et des Consciences tourmentées, aux Strates profondes innombrables, enchevêtrées ? Bonté et Cruauté, Retenue et Violence seraient-elles désormais et à jamais sans Distinction possible, la Frénésie originelle du Vivant, Pléonexie, Hubris auraient-elles franchi les Limites vers la Dévastation de Soi et de la Vie ? Serions-nous saturés de la trop vieille Terre ? Faut-il trouver un nouveau Fondement sans Fond, dans le Départ et l’Adieu vers de nouveaux Espaces ? Ô Nomadisme sidéral, Mutations biotechnologiques du Vivant-Parlant-Mourant, délivrées du Corps archaïque et de la Mort ! Je songe à des Paroles frémissantes d’Azur et d’Errance essentielle…..
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