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L'amour de tes beaux yeux me dicte cette lettre,
Le temps t'aura paré des roses d'Ispahan;
Combien me plait l'instant où j'ouvre la fenêtre
Au souffle du jardin et que me retournant
Je découvre ton corps ceint d'or et de dentelle,
Toujours à ce moment je pense aux fleurs d'été,
Tu en as la splendeur, la grâce sensuelle,
Sans notre sort commun aurais-je un jour aimé?
Depuis plus de douze ans, ton intime tendresse
Accompagne mon coeur, d'une aubade d'oiseau.
J'ai plaisir à te dire avec délicatesse
Que ton regard c'est l'aube et ta bouche c'est l'eau
Désaltérant ma soif et la biche à la source,
Et ton âme est pareille au joyau dans l'écrin,
A la brise d'été qui trouve dans sa course,
Parmi les moissons d'or l'abeille et le sylvain.
Au pied de ton autel ma plume est une lyre,
Harpe de l'encrier, déesse du vélin,
Je livre les trésors que ta brillance inspire
Ton front paré de fleurs, embelli mon chemin
Et je ne verrai plus le ciel de l'existence
Autrement qu'à travers ton émouvant regard.
Lorsque ta beauté règne, un pouvoir récompense
Le charme inespéré du sort à ton égard;
C'est dire le crédit de ta belle figure,
l'assaut même du temps est un combat perdu.
Le désir de ta chair, dans mon coeur se mesure
Au fleuve de mon encre; il faut avoir vécu
Le transport de tes sens pour comprendre ma flamme.
Tout chante en ton verger, tout murmure en ton lit;
Mille objets dans mes mains, mille oeuvres dans mon âme
Font briller cet amour. pardonne à mon esprit,
A la faveur des nuits, cette missive intime,
La divine étincelle arrive c'est certain
En admirant tes traits, c'est dire mon estime,
Je m'en ouvre souvent, mais jamais ne m'en plaint.
La nature a gâté ton élégant visage,
Ma plume à travers lui découvre le pouvoir
D'un minois séduisant, le monde à ton image
Est soumis au bonheur de vivre à ton miroir.
Je sais ne plus guérir de ta ligne impeccable;
Oh! ta chute de rein, bijou de mes iris,
Compte autant pour mes sens que ta voix agréable.
J'aurais chercher tes pas, si j'avais su jadis
Pouvoir te renconter, ta douceur me révèle
Ce que cache une rose au coeur de son bouton,
Ta sensibilité est bien perpétuelle,
Le respect de l'amour c'est bien ça ta raison.
Tout chez toi me captive et rien ne m'importune,
Coupable d'être heureux, je trahi les secrets,
Car c'est vrai qu'avec toi je possède la lune,
Alors te sachant gré je t'offre ces oeillets.
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