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Aux pages de mon livre une encre indélébile
D'une intime douceur arpège mon esprit;
Si j'ouvre l'encrier c'est que ce soir défile
Un film en noir et blanc au mur lourd de la nuit,
Entre rires et pleurs le chemin de l'enfance
Bordé de grands iris, éclaire mon destin;
Revenir à la source au siècle de faïence
A le goût de la pomme et la couleur du lin
Des jours de bleu satin et du temps des agates,
Le passé qui dormait comme une aube renaît
Avec lui le parfum des roses délicates,
Comme un pli qu'on retrouve au ventre d'un buffet.
J'admire ce bouquet sur ma table d'étude,
Dryade silencieuse et je revois Bavans
A l'heure du lilas, annonçant le prélude,
Sous la neige des fleurs d'un merveilleux printemps,
S'il est un déclencheur c'est bien l'eau salutaire,
Alors revient l'odeur des tilleuls et du foin.
Le céleste soleil des beaux yeux de ma mère
Caresse mon présent, ce baume est un besoin,
Face à mon quotidien, ça devient une force;
La couronne du pampre est comme un cercle d'or,
Ou le divin prénom au livre de l'écorce,
Elle brille au miroir d'un cours d'eau qui s'endort.
Je vêtirai ton coeur, oh toi qui m'as fait naître
(Cette oeuvre de jouvence elle est pour toi maman)
D'un douillet nid de fleurs, d'une brise champêtre,
J'irai cueillir mes mots au jardin d'Ispahan,
Dans les blés de juillet que tamisent les branches,
Dans le ruisseau charmeur qui marque le rocher,
Quand le bois est couvert de grandes robes blanches,
Aux brisures du vent que connait le berger.
Le fleuve d'autrefois a rejoint l'estuaire
Debout sur le vieux quai je puis voir l'océan,
Hanté de souvenirs le présent m'indiffère,
Authentique trésor le silence béant
Doux comme un son lointain, simule un clair de lune,
Sur le vélin jauni la rose est aux côtés
D'une époque de rêve, un moulin de fortune
Alimente mon coeur de riches voluptés.
J'ai de la nostalgie en pensant aux années
Soixante-dix qui semble un crépuscule d'or,
Un joli rêve en fleur au ciel de mes pensées,
Ma plume c'est le vent caressant messidor.
Le soir entre en mon âme une onde romantique,
Il arrive parfois que les sanglots soient vains,
Sur les touches d'ivoire un air mélancolique
Rappelle au vieil enfant la saveurs des raisins.
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