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Je me souviens d'un jour, au temps où l'on s'aimait
En l'an quatre-vingt neuf à la saison des roses,
Un semblable trésor mérite le coffret,
il faut garder l'encens des ravissantes choses.
A l'heure lumineuse où l'ange parle aux fleurs,
Nos baisers succèdaient aux caresses lascives,
Mon coeur se mariait à tes yeux enchanteurs
Et tes cheveux jouaient aux fougues des eaux vives.
Au canal du moulin ruisselait un trésor,
La brise entretenait avec les hirondelles
Un aimable moment, comme avec les foins d'or,
Dans l'herbe autour de nous, sainfoins et fleurs nouvelles
Parfumaient notre nid, nous étions ce jour-là
C'est vrai, les seuls témoins d'un amour impossible
De la belle et la bête au moins qui restera
Toujours le souvenir d'un bonheur indicible.
Tandis que nous buvions les parfums du terroir
Mes mains nouaient le ciel aux fleurs de ta couronne,
Le soleil sur le Doubs se mirait au miroir
Moi je me consumais tant ta bouche était bonne.
Nos lèvres s'unissaient sans même dire un mot,
Le vent poussait sur nous les draps verts du feuillage:
A nos gémissements l'oiseau faisait écho
J'épousais la douceur en buvant ton visage.
Aujourd'hui le moulin n'existe plus qu'en moi,,
Sa roue à tout jamais n'égrainera plus l'heure,
Son écumeux reflux, comme un profond émoi
M'inspirera longtemps à la façon d'un leurre.
En revenant ici souvent je viens m'asseoir,
Pour entendre chanter, au moment des colchiques,
Les doux frissons du Doubs, afin d'en recevoir
Oh! délice cruel les pleurs mélancoliques.
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