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J'ai pu voir maint endroit, bien du pays naguère,
Mais nul n'a pu jamais avec autant de soin
Faire vibrer mon cœur comme l'air de ma terre;
Du vol de l'hirondelle à la saveur du foin,
Mon terroir est unique, il est tout ce que j'aime
Et donne à l'existence un véritable sens.
Chaque fois que j'y viens en paix avec moi-même,
C'est un ravissement quand le temps se suspend.
Il est un vieux tilleul non loin de la fontaine
Qui doit se rappeler un tout jeune écolier
Plus triste que l'hiver. ma mémoire incertaine
Retrouve malgré tout la plume et le papier.
L'école communale au cœur de mon village
Toisé par le vieux temple aujourd'hui est fermé;
C'est parfois tristement que se tourne une page,
Les odeurs de l'enfance en demeurent sacré
La vie coule en secret, la mienne avait une âme;
Le temps efface tout inexorablement
A part évidemment ce que l'oiseau proclame,
L'archet déchire un soir le silence pesant
Et sans gare, revient la blanche goélette
Avec son chargement, celui des jours heureux.
Au souvenir ardent d'une encre violette,
Une larme s'écoule à la rive des yeux
Et l'on cherche l'écho de ce temps légendaire,
On écoute en son sang, d'étranges battements,
Le murmure des eaux où la voix de mon père.
C'est aux abords du Doubs, dans les remous dolents,
Au miroir du moulin que mon coeur se ressource
Alors renaît d'un coup l'image d'Epinal,
La complaisance entraîne une harpe dans sa course,
Vers un bel arbre en fleurs, la famille au canal,
En buvant le bonheur, sagement communie,
Sous l'ombrage gazouille un merle à la voix d'or,
Connait-il le plaisir où la mélancolie
Et la félicité, que le chagrin endort.
Le frisson du passé, sans relache me touche,
L'enfance me fut douce auprès de mes parents,
Souvent lorsque j'écris, quand le soleil se couche
Dans les bras du lointain, je repense à Bavans.
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