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, bonne lecture !
S'il n'avait été cadet d'une famille de hobereaux, Charles serait demeuré un gentilhomme campagnard, comme son père. Mais, né pauvre, « il fallait bien qu'il suivit la fortune du monde en tout nécessité » , comme l'avait avoué, quelques décennies auparavant, un autre noblaillon de gascogne , Blaise de Monluc.
Le droit coutumier est impitoyable, après l'aîné, les autres ont le choix entre l'armée et l'église.Notre jeune a le caractère fougueux, peut-il hésiter, cap de diou ?
Les exemples ne manquent pas autour de lui, de petits gentilhommes, plus titrés que fortunés, partis conquérir argent et gloire, à la pointe de leur épée. Roquelaure, Pardaillan, d'Astarac, Castelbajac, Monluc, Nogaret de Lavalette promu Duc d'Epernon et colonel général de l'Infanterie Française, lui ont montré la voie.
« de l'écume de ces cerveaux (de Gascogne) bouillonnants, se tirent plus de capitaines et maréchaux de France que d'aucun autre lieu » constate Agrippa d'Aubigné.
« Tout soldat français, pourvu qu'il soit vaillant, on le tient pour gascon » renchérit le périgourdin Brantome. Non sans ajouter que bon nombre de militaires d'autres provinces n'hésitent pas à usurper cette nationalité à seule fin de gagner l'estime de leurs supérieurs hiérarchiques « avec un petit cap de diou seulement et un peu de mine ».
Monsieur de Batz approuve le choix de son fils.Il fait le sacrifice financier de l'équiper. Les chevaux valent fort cher , et les nobles désargentés doivent souvent se contenter de seller des bêtes de labour.
La monture n'est peut-être pas de couleur orange ou « bouton d'or » comme il est dit par Alexandre Dumas, qui à défaut d'être véridique, est tout à fait vraisemblable.
Outre sa bénédiction, le père lui donne quelques pistoles et un viatique plus précieux encore, une lettre de recommandation, rédigée par l'oncle maternel du garçon, Henri de Montesquiou , sieur d'Artagnan, à l'intention d'un certain Monsieur du Peyret, un gascon depuis longtemps établi à la capitale.
Les gascons à Paris, au XVIIè siècle, cela ressemble à une mafia (ou aux auvergnats) .Un réseau d'entraide pour les nouveaux arrivants, qui leur facilite le gîte et le couvert et les fait bénéficier de relations intéressantes.
Arnaud-Jean du Peyret n'est autre que le Comte de Troisvilles, capitaine lieutenant des mousquetaires de la garde du roi.
A peine arrivé, Charles se présente à l'hôtel de Monsieur de Troisvilles. Il tend sa lettre de créance d'une main timide ; le visage du capitaine s'éclaire « ce vieux Montesquiou...ton oncle était un brave et j'espère que tu lui ressembleras »"tu vas commencer par faire tes preuves au régiment des gardes françaises, et si tu t'en montres digne, tu deviendras bientôt mousquetaire" « Portau, occupe-toi de ce jeune homme »
Charles n'a pas le temps de remercier, une espèce d'ogre se rue sur lui , lui coupe le souffle d'une bourrade affectueuse. « Une promotion, ça se fête, mordiou ».
Il l'entraîne à l'auberge voisine, le Gaillard Bois, rue des Fossoyeurs. C'est ici que les mousquetaires du roi ont leurs habitudes.
Portau s'affale à la table d'hôtes, invite son compagnon à l'imiter, sans rien demander, la servante dépose des œufs et un pichet en étain.
« Comment t'appeles-tu, garnement ? »
En un instant, la décision de notre gascon, est prise. D'Artagnan sonne plus haut, plus fier que Batz. C'est un nom de fortune et de gloire, un nom de héros.
« Charles d'Artagnan » claironne-t-il
Du Troisvilles historique, Dumas fera Monsieur de Tréville. De Portau, le bon géant Porthos. Et de d'Artagnan, un mythe !!
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